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Bangladesh: un dirigeant islamiste condamné à mort

dépêche de presse du 17 septembre 2013 - Agence mondiale d'information - AFP
Pays :
peine de mort / Bangladesh
Dacca (AFP) - La cour suprême du Bangladesh a condamné à mort mardi un haut dirigeant islamiste pour des violences perpétrées pendant la guerre d'indépendance de 1971 contre le Pakistan, une décision qui pourrait attiser les tensions qui ont fait plus de cent morts depuis le début de l'année.

Abdul Quader Molla, quatrième plus haut dirigeant du parti Jamaat-e-Islami, avait été initialement condamné à la perpétuité en février par le très controversé "tribunal international des crimes" (ICT), qui juge les crimes perpétrées pendant la lutte pour l'indépendance.

Sa condamnation à la perpétuité avait déclenché de violentes manifestations. Des dizaines de milliers d'opposants au parti islamiste étaient descendus dans les rues pour demander son exécution.

Plusieurs décisions ultérieures du tribunal condamnant à mort des dirigeants du parti islamiste avaient ensuite provoqué la colère chez les islamistes, déclenchant plusieurs mois de violences qui ont fait une centaine de morts dans des heurts avec la police.

La défense de Molla a annoncé qu'elle allait chercher à obtenir une révision de cette condamnation à la pendaison. Le ministère de la Justice a cependant précisé qu'aucun appel de cette décision n'était possible. Seule une grâce présidentielle pourrait lui éviter la mort.

"Nous sommes abasourdis par ce verdict. C'est la première fois dans l'histoire judiciaire de l'Asie du sud qu'une cour suprême aggrave une peine infligée en première instance", a dit l'avocat de Molla, Tajul Islam.

Après cette condamnation, quelque 2.000 sympathisants du Jamaat sont descendus dans les rues de Chittagong, port situé dans le sud-est du pays, a indiqué un responsable de la police locale, Mohammad Mohiuddin, à l'AFP. Un fourgon de police a été incendié et les forces de l'ordre ont dispersé la foule avec des gaz lacrymogènes, a-t-il dit.

Des heurts sporadiques ont aussi éclaté dans la capitale, Dacca, et dans plusieurs autres villes, selon la police.

De son côté, le Jamaat-e-Islami, dont les principaux dirigeants sont tous poursuivis pour crimes de guerre ou condamnés, a appelé à une grève de 48 heures pour protester contre un verdict qu'ils qualifient d'"erreur".

Molla a été condamné pour viol et le massacre de 350 civils, d'un poète et d'un journaliste pendant la guerre, époque pendant laquelle il était étudiant. Il a été surnommé par l'accusation le "boucher de Mirpur", du nom d'une banlieue de Dacca où les atrocités ont été commises.

Lors de l'intervention de l'Inde à la fin du conflit de 1971, signifiant la défaite imminente du Pakistan, les milices pro-Islamabad ont massacré des dizaines d'enseignants, de réalisateurs, de médecins et de journalistes.

L'ICT a été mis en place en mars 2010 par le gouvernement qui affirme que ces procès sont nécessaires pour cicatriser les plaies encore vivaces de la guerre d'indépendance.

Mais le Jamaat-e-Islami accuse le pouvoir d'avoir créé ce "tribunal international des crimes" -- baptisé ainsi en dépit de l'absence de toute supervision d'institution internationale -- pour des motifs politiques, la plupart des personnes poursuivies appartenant à l'opposition.

L'organisation Human Rights Watch a aussi critiqué des procédures ne respectant pas les critères internationaux.

Selon le gouvernement, la guerre de 1971 a fait trois millions de morts mais des chiffres d'instances indépendantes estiment que le bilan s'élève à entre 300.000 et 500.000 morts.

Début août, la justice a interdit le parti islamiste, une décision prise à l'approche des élections prévues d'ici janvier. Le Jamaat a rarement remporté plus de 5% des suffrages aux élections depuis les années 1970 mais il a participé à un certain nombre de gouvernements de coalition.
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