La peine de mort dans le monde — Bibi https://www.peinedemort.org/rss/condamne?id=1444 Bibi : tous les documents concernant la peine de mort. fr Sophie Fotiadi <sophie.fotiadi@peinedemort.org>, 2020 Thu, 28 May 2020 11:02:32 +0000 Thu, 05 Mar 2020 22:19:25 +0000 120 Reçue par Macron, Asia Bibi dit sa "joie" de la "chaleur" de l'accueil https://www.peinedemort.org/document/10856 La chrétienne pakistanaise Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème en 2010 et acquittée huit ans plus tard, a été reçue vendredi par le chef de l'Etat français Emmanuel Macron qu'elle a remercié pour son "accueil" et sa "chaleur". "J'ai été tellement émue, tellement heureuse de rencontrer monsieur le président", a affirmé Asia Bibi qui a dit sa "joie" à l'issue de l'entretien. "Je n'avais jamais imaginé qu'un jour je recevrais autant d'affection, un tel accueil, une telle chaleur", a affirmé en ourdou Asia Bibi, assurant : "j'avais l'impression d'être à la maison". Actuellement à Paris pour présenter son livre de témoignage "Enfin libre !", Asia Bibi a exprimé lundi son "désir" de s'installer en France. La présidence avait alors affirmé que "la France est prête à accueillir Mme Asia Bibi et sa famille en France si tel est leur souhait". Interrogée pour savoir si elle avait déjà déposé sa demande d'asile, elle a répondu qu'"on m'a laissé cette possibilité, mais je pense que j'ai besoin de prendre un petit peu de temps parce que je suis souffrante". "J'ai bien reçu l'invitation, l'accueil de votre président et de la République française et j'en suis extrêmement honorée mais pour le moment je dois penser à mes enfants, à ma santé", a-t-elle ajouté. Asia Bibi a été faite citoyenne d'honneur de la ville de Paris mardi par la maire socialiste de la capitale Anne Hidalgo. Elle avait été condamnée à mort pour "blasphème" en 2010 à la suite d'une dispute avec des villageoises musulmanes au sujet d'un verre d'eau. S'en était suivie une longue saga judiciaire qui avait divisé le pays et ému la communauté internationale, attirant l'attention des papes Benoît XVI et François. Après avoir passé plus de huit ans dans les couloirs de la mort au Pakistan, jusqu'à son acquittement en octobre 2018, elle vit depuis mai 2019 au Canada.
"J'ai été tellement émue, tellement heureuse de rencontrer monsieur le président", a affirmé Asia Bibi qui a dit sa "joie" à l'issue de l'entretien. "Je n'avais jamais imaginé qu'un jour je recevrais autant d'affection, un tel accueil, une telle chaleur", a affirmé en ourdou Asia Bibi, assurant : "j'avais l'impression d'être à la maison".


Actuellement à Paris pour présenter son livre de témoignage "Enfin libre !", Asia Bibi a exprimé lundi son "désir" de s'installer en France. La présidence avait alors affirmé que "la France est prête à accueillir Mme Asia Bibi et sa famille en France si tel est leur souhait".

Interrogée pour savoir si elle avait déjà déposé sa demande d'asile, elle a répondu qu'"on m'a laissé cette possibilité, mais je pense que j'ai besoin de prendre un petit peu de temps parce que je suis souffrante". "J'ai bien reçu l'invitation, l'accueil de votre président et de la République française et j'en suis extrêmement honorée mais pour le moment je dois penser à mes enfants, à ma santé", a-t-elle ajouté.

Asia Bibi a été faite citoyenne d'honneur de la ville de Paris mardi par la maire socialiste de la capitale Anne Hidalgo.

Elle avait été condamnée à mort pour "blasphème" en 2010 à la suite d'une dispute avec des villageoises musulmanes au sujet d'un verre d'eau. S'en était suivie une longue saga judiciaire qui avait divisé le pays et ému la communauté internationale, attirant l'attention des papes Benoît XVI et François. Après avoir passé plus de huit ans dans les couloirs de la mort au Pakistan, jusqu'à son acquittement en octobre 2018, elle vit depuis mai 2019 au Canada.]]>
https://www.peinedemort.org/document/10856 Fri, 28 Feb 2020 00:00:00 +0000 Agence mondiale d'information - AFP
Au Pakistan le péril du blasphème, malgré Asia Bibi https://www.peinedemort.org/document/10847 Avant, quand le pasteur chrétien Adnan Prince, accusé de blasphème, se présentait devant les juges, il devait affronter les appels à la mort de dizaines de religieux. Aujourd'hui, au moins, il n'y a plus ni insultes ni menaces dans ce tribunal de Lahore, dans l'est du Pakistan. L'affaire Asia Bibi est passée par là, du nom de cette chrétienne devenue symbole des abus judiciaires dans ce pays sous prétexte de blasphème contre le prophète Mahomet après avoir été acquittée de sa condamnation à mort par la Cour suprême en octobre 2018, sous la pression internationale. L'habitude jusque là, c'était de voir des maulanas (religieux) prendre d'assaut les salles d'audience, en récitant le Coran et en criant vengeance, pour faire pression sur les magistrats chargés de juger les "blasphémateurs", relatent plusieurs avocats. "Avant qu'Asia Bibi ne soit relâchée, des dizaines de maulanas venaient à chacune des audiences où j'étais entendu", raconte Adnan Prince accusé d'avoir "souillé" un Coran en 2013, un crime passible de la perpétuité et qu'il nie. Devant une cour, son dénonciateur avait lancé: "Il ne faut pas le laisser en vie". "Mais depuis lors, ils ne sont plus là", se réjouit cet homme de 28 ans aux cheveux teintés de rouge, libéré sous caution après trois ans de prison et qui attend d'être innocenté. Dans un pays où de telles accusations peuvent facilement être instrumentalisées et mener au lynchage, l'acquittement d'Asia Bibi confirmé en janvier 2019 avait provoqué un déferlement de violences. Le parti radical islamiste Tehreek-e-Labaik Pakistan (TLP, Mouvement au service du prophète) avait appelé à tuer les juges impliqués dans le verdict et même l'armée à se mutiner. Des milliers d'extrémistes avaient finalement été arrêtés. Plus de 80 ont été condamnés en janvier à 55 ans de prison dans un jugement inhabituellement sévère pour ce genre d'affaires au Pakistan. - "Un signal" - Ce coup de filet a "envoyé un signal" aux extrémistes qui ont ensuite délaissé les prétoires, observe Asad Jamal, l'avocat du pasteur et d'autres accusés de blasphème. "La voix des plus extrêmes est moins audible", dit-il. "Mais si l'intensité n'est plus la même, la peur est toujours là" parmi les juges. Dans les juridictions inférieures, le problème est particulièrement criant. Les magistrats, plus proches de la population, sont vulnérables face aux "pressions des religieux et de la communauté", observe un ancien juge qui a accepté de parler à l'AFP sous couvert d'anonymat. Car dans les affaires de blasphème, les magistrats eux-mêmes risquent d'être qualifiés de "blasphémateurs" s'ils acquittent un accusé, ce qui les pousse à "toujours condamner", reconnaît-il. Le cas d'un professeur d'université de Multan (centre), Junaid Hafeez, illustre cette tendance. En 2013 il est accusé de blasphème pour insulte au prophète. Un an après, son avocat est assassiné, un crime jamais puni. Huit juges plus tard en revanche, l'universitaire de 33 ans vient d'être condamné à mort. Devant l'"impunité" dont bénéficient les "justiciers en puissance", "un juge pourrait-il prendre le risque de se montrer juste ?" s'interrogent sa famille et ses avocats. Dans les instances supérieures, les juges annulent régulièrement des sentences de mort pour blasphème. "La majorité sont fondées sur de fausses accusations liées à des problèmes fonciers ou des vengeances personnelles", a reconnu la Cour suprême dans un arrêt de 2015. Mais, la justice est engorgée, le processus d'appel lent. Ainsi, le musulman Wajih-ul-Hassan, condamné à mort à l'âge de 25 ans, a dû croupir 18 années en prison avant d'être acquitté fin septembre par la Cour suprême. "Il est complètement perdu dans le monde réel. Il découvre les téléphones portables, internet", dit son avocat Me Nadeem Anthony. Et "même s'il a été acquitté, dans l'esprit des gens il est encore coupable. Il doit donc se cacher", poursuit son défenseur. - Craintes et fantasmes intacts - Quelques avancées donc. Mais sur le fond, au sein de la justice, dans la société, le monde politique, de fait, le blasphème génère toujours fantasmes, craintes et instrumentalisation. Les lois qui l'encadrent et prévoient la peine capitale pour toute insulte au prophète - même si elle n'a jamais été appliquée - "ont créé un environnement dans lequel certains (...) se croient autorisés à faire justice eux-mêmes", notait un rapport d'Amnesty international paru en 2016. Les minorités religieuses y sont particulièrement vulnérables: elles sont proportionnellement les plus visées par ces lois même si les musulmans en sont les principales victimes, selon la fondation Engage. Dans la ville de Rabwah (centre), les quelque 55.000 Ahmadis, musulmans considérés hérétiques pour leur croyance en un prophète postérieur à Mahomet vivent terrés, une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Au-delà des discriminations usuelles (bastonnades, arrestations...), Sajjad (nom d'emprunt), un sexagénaire maigre à la longue barbe blanche, a vu en novembre son fils cadet, la vingtaine, "le seul à avoir fait quelques études", emprisonné pour blasphème. Attiré hors de Rabwah par un islamiste se faisant passer pour une femme, il est tombé dans les mains d'extrémistes et de policiers, raconte-il en pleurs. "La première fois que nous sommes allés le voir en prison, nous pouvions à peine parler tellement il avait été frappé." L'acquittement d'Asia Bibi n'a que peu d'impact car les lois sur le blasphème sont "toujours là", constate Usman Ahmad, un porte-parole des Ahmadis. "Tant que les gens accepteront leur légitimité, les plus faibles resteront fragilisés", regrette-t-il. Les plus forts ne le sont pas moins. En 2011, un ministre favorable à Asia Bibi a été abattu à Islamabad. La même année, le gouverneur de la province du Pendjab, critique des lois punissant le blasphème, a été tué de 29 balles tirées par l'un de ses gardes du corps. L'assassin, pendu en 2016, repose en martyr dans un mausolée des abords de la capitale. Aujourd'hui, plus aucun politicien ne s'aventure à dénigrer ouvertement ces lois. Durant sa campagne électorale en 2018, le Premier ministre Imran Khan s'y était dit "entièrement" favorable. Se défendant d'avoir cédé aux extrémistes, le gouvernement rappelle avoir "soutenu et aidé" Asia Bibi une fois son acquittement prononcé "malgré les pressions". Et, poursuit sa porte-parole Firdous Ashiq Awan, ils ne représentent que "1% de la population" et non "l'état d'esprit général". - "Le blasphème pour attirer les électeurs" - Peut-être. Mais l'inflammable TLP, qui a séduit plus de 2,2 millions de votants aux élections générales de 2018, opère "une politisation de la question du blasphème au-delà du blasphème", s'inquiète Fatima Anwar, chercheuse pour la fondation Engage qui a publié en 2019 un rapport fouillé sur la question. En campagne pour les élections locales prévues cette année, le parti radical a réuni en novembre des milliers de sympathisants extatiques lors d'un meeting triomphal près de la monumentale mosquée Badshahi, l'un des lieux les plus symboliques de Lahore. "Le blasphème est une manière pour nous d'attirer les gens", expliquait alors Rehman Ali Tarar, futur candidat du TLP qui vient d'empêcher la diffusion d'un film, Zindagi Tamasha, car il "(encourageait) le blasphème", selon un de ses porte-paroles. Paradoxalement, "si les choses ont changé institutionnellement, dans la société les gens sont de plus en plus polarisés" depuis l'acquittement d'Asia Bibi, vécu comme une trahison de leurs croyances par le système judiciaire, constate Fatima Anwar. Asia Bibi vit désormais avec sa famille au Canada. Dans un livre sorti en janvier, elle raconte ses huit années de prison, sa "peur lancinante" d'y être tuée ou la longue chaîne reliée à sa gorge. D'après la Commission américaine pour la liberté religieuse, un organisme public, au moins 40 accusés de blasphème sont détenus à perpétuité ou dans les couloirs de la mort au Pakistan.
L'affaire Asia Bibi est passée par là, du nom de cette chrétienne devenue symbole des abus judiciaires dans ce pays sous prétexte de blasphème contre le prophète Mahomet après avoir été acquittée de sa condamnation à mort par la Cour suprême en octobre 2018, sous la pression internationale.

L'habitude jusque là, c'était de voir des maulanas (religieux) prendre d'assaut les salles d'audience, en récitant le Coran et en criant vengeance, pour faire pression sur les magistrats chargés de juger les "blasphémateurs", relatent plusieurs avocats.

"Avant qu'Asia Bibi ne soit relâchée, des dizaines de maulanas venaient à chacune des audiences où j'étais entendu", raconte Adnan Prince accusé d'avoir "souillé" un Coran en 2013, un crime passible de la perpétuité et qu'il nie. Devant une cour, son dénonciateur avait lancé: "Il ne faut pas le laisser en vie".

"Mais depuis lors, ils ne sont plus là", se réjouit cet homme de 28 ans aux cheveux teintés de rouge, libéré sous caution après trois ans de prison et qui attend d'être innocenté.

Dans un pays où de telles accusations peuvent facilement être instrumentalisées et mener au lynchage, l'acquittement d'Asia Bibi confirmé en janvier 2019 avait provoqué un déferlement de violences.

Le parti radical islamiste Tehreek-e-Labaik Pakistan (TLP, Mouvement au service du prophète) avait appelé à tuer les juges impliqués dans le verdict et même l'armée à se mutiner. Des milliers d'extrémistes avaient finalement été arrêtés. Plus de 80 ont été condamnés en janvier à 55 ans de prison dans un jugement inhabituellement sévère pour ce genre d'affaires au Pakistan.

- "Un signal" -

Ce coup de filet a "envoyé un signal" aux extrémistes qui ont ensuite délaissé les prétoires, observe Asad Jamal, l'avocat du pasteur et d'autres accusés de blasphème. "La voix des plus extrêmes est moins audible", dit-il.

"Mais si l'intensité n'est plus la même, la peur est toujours là" parmi les juges.

Dans les juridictions inférieures, le problème est particulièrement criant. Les magistrats, plus proches de la population, sont vulnérables face aux "pressions des religieux et de la communauté", observe un ancien juge qui a accepté de parler à l'AFP sous couvert d'anonymat.

Car dans les affaires de blasphème, les magistrats eux-mêmes risquent d'être qualifiés de "blasphémateurs" s'ils acquittent un accusé, ce qui les pousse à "toujours condamner", reconnaît-il.

Le cas d'un professeur d'université de Multan (centre), Junaid Hafeez, illustre cette tendance. En 2013 il est accusé de blasphème pour insulte au prophète. Un an après, son avocat est assassiné, un crime jamais puni. Huit juges plus tard en revanche, l'universitaire de 33 ans vient d'être condamné à mort.

Devant l'"impunité" dont bénéficient les "justiciers en puissance", "un juge pourrait-il prendre le risque de se montrer juste ?" s'interrogent sa famille et ses avocats.

Dans les instances supérieures, les juges annulent régulièrement des sentences de mort pour blasphème. "La majorité sont fondées sur de fausses accusations liées à des problèmes fonciers ou des vengeances personnelles", a reconnu la Cour suprême dans un arrêt de 2015.

Mais, la justice est engorgée, le processus d'appel lent.

Ainsi, le musulman Wajih-ul-Hassan, condamné à mort à l'âge de 25 ans, a dû croupir 18 années en prison avant d'être acquitté fin septembre par la Cour suprême. "Il est complètement perdu dans le monde réel. Il découvre les téléphones portables, internet", dit son avocat Me Nadeem Anthony.

Et "même s'il a été acquitté, dans l'esprit des gens il est encore coupable. Il doit donc se cacher", poursuit son défenseur.

- Craintes et fantasmes intacts -

Quelques avancées donc. Mais sur le fond, au sein de la justice, dans la société, le monde politique, de fait, le blasphème génère toujours fantasmes, craintes et instrumentalisation.

Les lois qui l'encadrent et prévoient la peine capitale pour toute insulte au prophète - même si elle n'a jamais été appliquée - "ont créé un environnement dans lequel certains (...) se croient autorisés à faire justice eux-mêmes", notait un rapport d'Amnesty international paru en 2016.

Les minorités religieuses y sont particulièrement vulnérables: elles sont proportionnellement les plus visées par ces lois même si les musulmans en sont les principales victimes, selon la fondation Engage.

Dans la ville de Rabwah (centre), les quelque 55.000 Ahmadis, musulmans considérés hérétiques pour leur croyance en un prophète postérieur à Mahomet vivent terrés, une épée de Damoclès au-dessus de la tête.

Au-delà des discriminations usuelles (bastonnades, arrestations...), Sajjad (nom d'emprunt), un sexagénaire maigre à la longue barbe blanche, a vu en novembre son fils cadet, la vingtaine, "le seul à avoir fait quelques études", emprisonné pour blasphème.

Attiré hors de Rabwah par un islamiste se faisant passer pour une femme, il est tombé dans les mains d'extrémistes et de policiers, raconte-il en pleurs. "La première fois que nous sommes allés le voir en prison, nous pouvions à peine parler tellement il avait été frappé."

L'acquittement d'Asia Bibi n'a que peu d'impact car les lois sur le blasphème sont "toujours là", constate Usman Ahmad, un porte-parole des Ahmadis. "Tant que les gens accepteront leur légitimité, les plus faibles resteront fragilisés", regrette-t-il.

Les plus forts ne le sont pas moins. En 2011, un ministre favorable à Asia Bibi a été abattu à Islamabad. La même année, le gouverneur de la province du Pendjab, critique des lois punissant le blasphème, a été tué de 29 balles tirées par l'un de ses gardes du corps. L'assassin, pendu en 2016, repose en martyr dans un mausolée des abords de la capitale.

Aujourd'hui, plus aucun politicien ne s'aventure à dénigrer ouvertement ces lois.

Durant sa campagne électorale en 2018, le Premier ministre Imran Khan s'y était dit "entièrement" favorable.

Se défendant d'avoir cédé aux extrémistes, le gouvernement rappelle avoir "soutenu et aidé" Asia Bibi une fois son acquittement prononcé "malgré les pressions". Et, poursuit sa porte-parole Firdous Ashiq Awan, ils ne représentent que "1% de la population" et non "l'état d'esprit général".

- "Le blasphème pour attirer les électeurs" -

Peut-être. Mais l'inflammable TLP, qui a séduit plus de 2,2 millions de votants aux élections générales de 2018, opère "une politisation de la question du blasphème au-delà du blasphème", s'inquiète Fatima Anwar, chercheuse pour la fondation Engage qui a publié en 2019 un rapport fouillé sur la question.

En campagne pour les élections locales prévues cette année, le parti radical a réuni en novembre des milliers de sympathisants extatiques lors d'un meeting triomphal près de la monumentale mosquée Badshahi, l'un des lieux les plus symboliques de Lahore.

"Le blasphème est une manière pour nous d'attirer les gens", expliquait alors Rehman Ali Tarar, futur candidat du TLP qui vient d'empêcher la diffusion d'un film, Zindagi Tamasha, car il "(encourageait) le blasphème", selon un de ses porte-paroles.

Paradoxalement, "si les choses ont changé institutionnellement, dans la société les gens sont de plus en plus polarisés" depuis l'acquittement d'Asia Bibi, vécu comme une trahison de leurs croyances par le système judiciaire, constate Fatima Anwar.

Asia Bibi vit désormais avec sa famille au Canada. Dans un livre sorti en janvier, elle raconte ses huit années de prison, sa "peur lancinante" d'y être tuée ou la longue chaîne reliée à sa gorge.

D'après la Commission américaine pour la liberté religieuse, un organisme public, au moins 40 accusés de blasphème sont détenus à perpétuité ou dans les couloirs de la mort au Pakistan.]]>
https://www.peinedemort.org/document/10847 Thu, 27 Feb 2020 00:00:00 +0000 Agence mondiale d'information - AFP
Libérée des geôles pakistanaises, Asia Bibi "espère" rentrer un jour au pays https://www.peinedemort.org/document/10843 La chrétienne pakistanaise Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème en 2010 et acquittée huit ans plus tard avant de trouver refuge au Canada, a confié mardi son espoir de pouvoir rentrer un jour au Pakistan. De passage à Paris pour promouvoir son livre autobiographique "Enfin Libre!", elle a évoqué sa nouvelle vie au Canada, qui lui a accordé un permis de séjour d'un an, lors d'un entretien avec l'AFP. "Je n'ai pas encore visité le Canada. La plupart du temps, je reste à la maison (...) Je ne sors pas beaucoup, surtout en raison du froid et de la neige", a raconté cette ancienne ouvrière agricole de 48 ans, qui s'exprimait en ourdou, via un traducteur en anglais. Illettrée, Asia Bibi ne maîtrise aucune des deux langues officielles du Canada, le français et l'anglais. Mais elle a trouvé dans son pays d'accueil une sécurité qu'elle n'a pas connue depuis des années. Elle vit avec son époux Ashiq, 58 ans, et ses deux filles Eisha (21 ans) et Eisham (20 ans) dans un appartement de trois pièces, à l'adresse gardée secrète en raison des menaces dont elle reste la cible. Ses soeurs, son frère, son père et sa belle-famille lui manquent. Mais plus que tout, sa "culture et (sa) nourriture !", sourit-elle. "Personne ne peut oublier son pays natal", dit-elle, confiant son espoir que la situation de son pays évolue et lui permette d'y revenir un jour. "Je l'espère vraiment, tout comme je gardais l'espoir d'être libérée un jour quand j'étais en prison". - Un avenir en France ? - Mme Bibi avait été condamnée à mort pour "blasphème" à la suite d'une dispute avec des villageoises musulmanes au sujet d'un verre d'eau. Le blasphème est un sujet incendiaire au Pakistan, où de simples accusations suffisent parfois à entraîner des lynchages meurtriers. Une condamnation sans aucun fondement, a répété mardi Asia Bibi. "En aucun cas (...) Il ne me viendrait jamais à l'idée d'insulter un prophète", a insisté cette ardente catholique. S'en était suivie une longue saga judiciaire qui avait divisé le pays et ému la communauté internationale, attirant l'attention des papes Benoît XVI et François. Après avoir passé plus de huit ans dans les couloirs de la mort au Pakistan, jusqu'à son acquittement en octobre 2018, elle vit depuis mai 2019 au Canada. Son livre - co-écrit avec la journaliste française Anne-Isabelle Tollet qui a mené campagne pour sa libération - retrace ces dix années de calvaire, entre maltraitances et menaces de mort, jusqu'au fond d'une geôle crasseuse. Où ira t-elle dans un futur proche? Asia Bibi ne le sait pas encore. "Je n'ai pas décidé. Je sais que l'Union européenne travaille très dur sur mon cas et qu'ils sont ceux qui vont décider où je vais vivre", explique celle qui devrait "très probablement" aborder le sujet d'une demande d'asile à la France lors d'une rencontre avec le président Emmanuel Macron vendredi. Mardi, Asia Bibi a été faite citoyenne d'honneur de la ville de Paris, par la maire Anne Hildago, une distinction symbolique. "Votre courage, votre calme, votre force intérieure nous a époustouflés. Vous êtes une leçon de vie", a lancé Mme Hidalgo lors de la cérémonie, ajoutant qu'elle soutiendrait sa demande d'asile en France.
De passage à Paris pour promouvoir son livre autobiographique "Enfin Libre!", elle a évoqué sa nouvelle vie au Canada, qui lui a accordé un permis de séjour d'un an, lors d'un entretien avec l'AFP.

"Je n'ai pas encore visité le Canada. La plupart du temps, je reste à la maison (...) Je ne sors pas beaucoup, surtout en raison du froid et de la neige", a raconté cette ancienne ouvrière agricole de 48 ans, qui s'exprimait en ourdou, via un traducteur en anglais.

Illettrée, Asia Bibi ne maîtrise aucune des deux langues officielles du Canada, le français et l'anglais. Mais elle a trouvé dans son pays d'accueil une sécurité qu'elle n'a pas connue depuis des années.

Elle vit avec son époux Ashiq, 58 ans, et ses deux filles Eisha (21 ans) et Eisham (20 ans) dans un appartement de trois pièces, à l'adresse gardée secrète en raison des menaces dont elle reste la cible.
Ses soeurs, son frère, son père et sa belle-famille lui manquent. Mais plus que tout, sa "culture et (sa) nourriture !", sourit-elle.

"Personne ne peut oublier son pays natal", dit-elle, confiant son espoir que la situation de son pays évolue et lui permette d'y revenir un jour. "Je l'espère vraiment, tout comme je gardais l'espoir d'être libérée un jour quand j'étais en prison".

- Un avenir en France ? -

Mme Bibi avait été condamnée à mort pour "blasphème" à la suite d'une dispute avec des villageoises musulmanes au sujet d'un verre d'eau. Le blasphème est un sujet incendiaire au Pakistan, où de simples accusations suffisent parfois à entraîner des lynchages meurtriers.

Une condamnation sans aucun fondement, a répété mardi Asia Bibi.

"En aucun cas (...) Il ne me viendrait jamais à l'idée d'insulter un prophète", a insisté cette ardente catholique.

S'en était suivie une longue saga judiciaire qui avait divisé le pays et ému la communauté internationale, attirant l'attention des papes Benoît XVI et François.

Après avoir passé plus de huit ans dans les couloirs de la mort au Pakistan, jusqu'à son acquittement en octobre 2018, elle vit depuis mai 2019 au Canada.

Son livre - co-écrit avec la journaliste française Anne-Isabelle Tollet qui a mené campagne pour sa libération - retrace ces dix années de calvaire, entre maltraitances et menaces de mort, jusqu'au fond d'une geôle crasseuse.

Où ira t-elle dans un futur proche? Asia Bibi ne le sait pas encore.

"Je n'ai pas décidé. Je sais que l'Union européenne travaille très dur sur mon cas et qu'ils sont ceux qui vont décider où je vais vivre", explique celle qui devrait "très probablement" aborder le sujet d'une demande d'asile à la France lors d'une rencontre avec le président Emmanuel Macron vendredi.

Mardi, Asia Bibi a été faite citoyenne d'honneur de la ville de Paris, par la maire Anne Hildago, une distinction symbolique.

"Votre courage, votre calme, votre force intérieure nous a époustouflés. Vous êtes une leçon de vie", a lancé Mme Hidalgo lors de la cérémonie, ajoutant qu'elle soutiendrait sa demande d'asile en France. ]]>
https://www.peinedemort.org/document/10843 Tue, 25 Feb 2020 00:00:00 +0000 Agence mondiale d'information - AFP
La Pakistanaise Asia Bibi souhaite obtenir l'asile en France https://www.peinedemort.org/document/10839 La chrétienne pakistanaise Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème en 2010 et acquittée huit ans plus tard avant de trouver refuge au Canada, a souhaité lundi obtenir l'asile politique en France. Vivre en France "est mon désir", a-t-elle déclaré au micro de la radio française RTL, pour sa première prise de parole en France où elle est venue présenter cette semaine son livre de témoignage "Enfin libre!". "La France est le pays où j'ai reçu une nouvelle vie (...) Anne-Isabelle est pour moi comme un ange", a expliqué Asia Bibi, en référence à la journaliste française Anne-Isabelle Tollet, avec laquelle elle a co-écrit son livre autobiographique et espère continuer à travailler. Paru fin janvier en français - il sortira en septembre en anglais -, l'ouvrage livre peu de détails sur sa nouvelle vie au Canada, mais revient longuement sur son emprisonnement. "Evidemment, j'ai le désir que le président entende ma demande" d'asile, a-t-elle ajouté, espérant avoir l'occasion de rencontrer Emmanuel Macron et son épouse lors de son séjour à Paris, qui se déroule sous protection en raison des menaces dont elle reste la cible. Asia Bibi doit recevoir mardi après-midi des mains de la maire socialiste de la capitale Anne Hidalgo, le diplôme d'honneur de la Ville de Paris qui lui avait été décerné en 2014. Ce devrait être sa première apparition publique. Elle doit aussi rencontrer des journalistes en fin de semaine. Ouvrière agricole et mère de famille d'une cinquantaine d'années, Mme Bibi avait été condamnée à mort pour "blasphème" à la suite d'une dispute avec des villageoises musulmanes au sujet d'un verre d'eau. Le blasphème est un sujet incendiaire au Pakistan, où de simples accusations suffisent parfois à entraîner des lynchages meurtriers. S'en était suivie une longue saga judiciaire qui avait divisé le pays et ému la communauté internationale, attirant l'attention des papes Benoît XVI et François. Après avoir passé plus de huit ans dans les couloirs de la mort au Pakistan, jusqu'à son acquittement en octobre 2018, elle vit depuis mai 2019 au Canada. "J'ai une profonde gratitude à l'égard du Canada qui m'a donné une place pour séjourner, je tiens à les en remercier", a souligné lundi Asia Bibi. "Le pape aussi je souhaiterais le remercier, lui aussi a parlé en mon nom", a-t-elle ajouté. Les chrétiens, qui comptent pour environ 2% de la population pakistanaise majoritairement musulmane, constituent l'une des communautés les plus défavorisées du Pakistan.
Vivre en France "est mon désir", a-t-elle déclaré au micro de la radio française RTL, pour sa première prise de parole en France où elle est venue présenter cette semaine son livre de témoignage "Enfin libre!".

"La France est le pays où j'ai reçu une nouvelle vie (...) Anne-Isabelle est pour moi comme un ange", a expliqué Asia Bibi, en référence à la journaliste française Anne-Isabelle Tollet, avec laquelle elle a co-écrit son livre autobiographique et espère continuer à travailler.

Paru fin janvier en français - il sortira en septembre en anglais -, l'ouvrage livre peu de détails sur sa nouvelle vie au Canada, mais revient longuement sur son emprisonnement.

"Evidemment, j'ai le désir que le président entende ma demande" d'asile, a-t-elle ajouté, espérant avoir l'occasion de rencontrer Emmanuel Macron et son épouse lors de son séjour à Paris, qui se déroule sous protection en raison des menaces dont elle reste la cible.

Asia Bibi doit recevoir mardi après-midi des mains de la maire socialiste de la capitale Anne Hidalgo, le diplôme d'honneur de la Ville de Paris qui lui avait été décerné en 2014. Ce devrait être sa première apparition publique. Elle doit aussi rencontrer des journalistes en fin de semaine.

Ouvrière agricole et mère de famille d'une cinquantaine d'années, Mme Bibi avait été condamnée à mort pour "blasphème" à la suite d'une dispute avec des villageoises musulmanes au sujet d'un verre d'eau.

Le blasphème est un sujet incendiaire au Pakistan, où de simples accusations suffisent parfois à entraîner des lynchages meurtriers.

S'en était suivie une longue saga judiciaire qui avait divisé le pays et ému la communauté internationale, attirant l'attention des papes Benoît XVI et François.

Après avoir passé plus de huit ans dans les couloirs de la mort au Pakistan, jusqu'à son acquittement en octobre 2018, elle vit depuis mai 2019 au Canada.

"J'ai une profonde gratitude à l'égard du Canada qui m'a donné une place pour séjourner, je tiens à les en remercier", a souligné lundi Asia Bibi.

"Le pape aussi je souhaiterais le remercier, lui aussi a parlé en mon nom", a-t-elle ajouté.

Les chrétiens, qui comptent pour environ 2% de la population pakistanaise majoritairement musulmane, constituent l'une des communautés les plus défavorisées du Pakistan.]]>
https://www.peinedemort.org/document/10839 Mon, 24 Feb 2020 00:00:00 +0000 Agence mondiale d'information - AFP
Macron va recevoir Asia Bibi, qui souhaite obtenir l'asile en France https://www.peinedemort.org/document/10840 Le président français Emmanuel Macron va recevoir vendredi la chrétienne pakistanaise Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème en 2010 et acquittée huit ans plus tard avant de trouver refuge au Canada, qui a de nouveau exprimé le souhait d'obtenir l'asile en France, a indiqué lundi l'Élysée. "Comme nous l'avons toujours dit, la France est prête à accueillir Mme Asia Bibi et sa famille en France si tel est leur souhait", a affirmé la présidence, en annonçant que la Pakistanaise serait reçue vendredi à l'Élysée. Actuellement à Paris pour y présenter cette semaine son livre de témoignage "Enfin libre!", Asia Bibi a déclaré lundi sur RTL que vivre en France était son "désir". "Évidemment, j'ai le désir que le président entende ma demande" d'asile, a-t-elle ajouté, espérant avoir l'occasion de rencontrer Emmanuel Macron et son épouse lors de son séjour à Paris, qui se déroule sous protection en raison des menaces dont elle reste la cible. "Depuis sa condamnation en 2010 pour délit de blasphème, la France a été mobilisée aux côtés d'Asia Bibi", souligne l'Élysée. "Nous avons plaidé pour son acquittement et agi, avec nos partenaires européens et canadiens, pour sa libération effective". "La France est le pays où j'ai reçu une nouvelle vie (...) Anne-Isabelle est pour moi comme un ange", a expliqué Asia Bibi, en référence à la journaliste française Anne-Isabelle Tollet, avec laquelle elle a écrit son livre autobiographique et espère continuer à travailler. Paru fin janvier en français - il sortira en septembre en anglais -, l'ouvrage livre peu de détails sur sa nouvelle vie au Canada, mais revient longuement sur son emprisonnement. Asia Bibi doit recevoir mardi après-midi des mains de la maire socialiste de la capitale Anne Hidalgo, le diplôme d'honneur de la Ville de Paris qui lui avait été décerné en 2014. Ce devrait être sa première apparition publique. Elle doit aussi rencontrer des journalistes en fin de semaine. Ouvrière agricole et mère de famille d'une cinquantaine d'années, Mme Bibi avait été condamnée à mort pour "blasphème" à la suite d'une dispute avec des villageoises musulmanes au sujet d'un verre d'eau. Le blasphème est un sujet incendiaire au Pakistan, où de simples accusations suffisent parfois à entraîner des lynchages meurtriers. S'en était suivie une longue saga judiciaire qui avait divisé le pays et ému la communauté internationale, attirant l'attention des papes Benoît XVI et François. Après avoir passé plus de huit ans dans les couloirs de la mort au Pakistan, jusqu'à son acquittement en octobre 2018, elle vit depuis mai 2019 au Canada. "J'ai une profonde gratitude à l'égard du Canada qui m'a donné une place pour séjourner, je tiens à les en remercier", a souligné lundi Asia Bibi. "Le pape aussi, je souhaiterais le remercier, lui aussi a parlé en mon nom", a-t-elle ajouté. Les chrétiens, qui comptent pour environ 2% de la population pakistanaise très majoritairement musulmane, constituent l'une des communautés les plus déclassées du Pakistan.
"Comme nous l'avons toujours dit, la France est prête à accueillir Mme Asia Bibi et sa famille en France si tel est leur souhait", a affirmé la présidence, en annonçant que la Pakistanaise serait reçue vendredi à l'Élysée.

Actuellement à Paris pour y présenter cette semaine son livre de témoignage "Enfin libre!", Asia Bibi a déclaré lundi sur RTL que vivre en France était son "désir".

"Évidemment, j'ai le désir que le président entende ma demande" d'asile, a-t-elle ajouté, espérant avoir l'occasion de rencontrer Emmanuel Macron et son épouse lors de son séjour à Paris, qui se déroule sous protection en raison des menaces dont elle reste la cible.

"Depuis sa condamnation en 2010 pour délit de blasphème, la France a été mobilisée aux côtés d'Asia Bibi", souligne l'Élysée. "Nous avons plaidé pour son acquittement et agi, avec nos partenaires européens et canadiens, pour sa libération effective".

"La France est le pays où j'ai reçu une nouvelle vie (...) Anne-Isabelle est pour moi comme un ange", a expliqué Asia Bibi, en référence à la journaliste française Anne-Isabelle Tollet, avec laquelle elle a écrit son livre autobiographique et espère continuer à travailler.

Paru fin janvier en français - il sortira en septembre en anglais -, l'ouvrage livre peu de détails sur sa nouvelle vie au Canada, mais revient longuement sur son emprisonnement.

Asia Bibi doit recevoir mardi après-midi des mains de la maire socialiste de la capitale Anne Hidalgo, le diplôme d'honneur de la Ville de Paris qui lui avait été décerné en 2014. Ce devrait être sa première apparition publique. Elle doit aussi rencontrer des journalistes en fin de semaine.

Ouvrière agricole et mère de famille d'une cinquantaine d'années, Mme Bibi avait été condamnée à mort pour "blasphème" à la suite d'une dispute avec des villageoises musulmanes au sujet d'un verre d'eau.

Le blasphème est un sujet incendiaire au Pakistan, où de simples accusations suffisent parfois à entraîner des lynchages meurtriers.

S'en était suivie une longue saga judiciaire qui avait divisé le pays et ému la communauté internationale, attirant l'attention des papes Benoît XVI et François.

Après avoir passé plus de huit ans dans les couloirs de la mort au Pakistan, jusqu'à son acquittement en octobre 2018, elle vit depuis mai 2019 au Canada.

"J'ai une profonde gratitude à l'égard du Canada qui m'a donné une place pour séjourner, je tiens à les en remercier", a souligné lundi Asia Bibi.

"Le pape aussi, je souhaiterais le remercier, lui aussi a parlé en mon nom", a-t-elle ajouté.

Les chrétiens, qui comptent pour environ 2% de la population pakistanaise très majoritairement musulmane, constituent l'une des communautés les plus déclassées du Pakistan.]]>
https://www.peinedemort.org/document/10840 Mon, 24 Feb 2020 00:00:00 +0000 Agence mondiale d'information - AFP
"J'ai souvent vu la mort arriver" : Asia Bibi sort de son silence https://www.peinedemort.org/document/10812 "J'ai souvent vu la mort arriver" : pour la première fois depuis sa libération, la chrétienne pakistanaise Asia Bibi raconte ses dix ans de calvaire, entre maltraitances et menaces, du jour où elle a bu dans le même verre que des musulmanes à sa fuite au Canada, espoir incertain d'échapper à l'emprise des islamistes. "Mon histoire, vous la connaissez à travers les médias", reconnaît la mère de famille devenue une icône de la liberté religieuse après avoir été condamnée à mort pour blasphème en 2010 au Pakistan, puis acquittée fin 2018 après une vaste campagne internationale de soutien qui lui a permis de trouver refuge au Canada. "Mais vous êtes loin de vous représenter mon quotidien, en prison, ou dans ma nouvelle vie", confie-t-elle sur la quatrième de couverture d'"Enfin libre!" (Éditions du Rocher). Ce récit exclusif a été reconstitué par la journaliste française Anne-Isabelle Tollet, une ancienne correspondante au Pakistan qui a mené une campagne de soutien à Asia Bibi. Paru mercredi en français - il sortira en septembre en anglais -, il livre peu de détails sur sa nouvelle vie au Canada, mais revient longuement sur son emprisonnement. Anne-Isabelle Tollet est la seule journaliste à l'avoir rencontrée au Canada, dans un endroit qui reste secret. "Moi, Asia Bibi, condamnée à être pendue parce que j'avais soif", commence Asia Bibi dans ce récit. "Je suis devenue prisonnière du fanatisme", raconte l'ancienne ouvrière agricole illettrée sous la plume de la journaliste. Les islamistes, même s'ils ne sont "pas représentatifs", "dictent leur volonté (...) parce qu'ils n'hésitent pas à mettre des bombes", accuse-t-elle, certaine que sa condamnation pour "blasphème" est le fait de juges à la solde d'extrémistes voulant chasser les chrétiens. Le blasphème est un sujet incendiaire au Pakistan, où de simples accusations suffisent parfois à entraîner des lynchages meurtriers. Les Chrétiens, qui représentent environ 2% de la population pakistanaise très majoritairement musulmane, souffrent de "toutes sortes de mépris" quand ils ne sont pas purement et simplement éliminés, comme ce couple de chrétiens brûlés vifs dans un village proche de celui d'Asia Bibi, se souvient celle-ci. Condamnée à mort, la "blasphématrice" est jetée en prison avec, souvent, "les larmes pour seules compagnes de cellule". - Libre ? - "Une longue chaîne traîne sur le sol crasseux, elle relie ma gorge à la main menottée du gardien qui me tire comme un chien en laisse. Au plus profond de moi, une peur sourde m'entraîne vers la profondeur des ténèbres. Une peur lancinante qui ne me quittera jamais", écrit-elle. Derrière les barreaux, ils sont nombreux ceux qui veulent exaucer le souhait des codétenues qui hurlent "à mort !" ou "pendue !" quand Asia Bibi passe dans les couloirs. Sa compagne de cellule, une musulmane, meurt empoisonnée car jugée "trop gentille" avec la paria. "Si j'étais toi, je ferais attention à ce que je mange...", conseille-t-on à Asia Bibi. Elle raconte qu'un commando de talibans réussira même à s'introduire dans sa prison avant d'être capturé non loin de sa cellule. Dans cette "antichambre de la mort" qu'est sa cellule, Asia Bibi ne trouve de salut que dans les prières adressées à la Sainte-Vierge, chassant les pensées suicidaires... et les espoirs déçus. Le gouverneur qui vient lui rendre visite et lui promet de la "sortir de là" : elle apprendra plus tard qu'il a été assassiné. La gardienne attentionnée : elle se trouve être la personne qui s'introduit la nuit dans sa cellule pour la rouer de coups. Et le pape Benoît XVI qui appelle à sa libération : cela intensifie la haine envers les chrétiens au Pakistan et la tête d'Asia Bibi est mise à prix par un mollah. Elle n'y croira même pas quand, enfin, la Cour suprême l'acquittera. Le 9 mai 2019, un communiqué officiel tombe : "Asia Bibi a quitté le Pakistan de son plein gré" pour le Canada. Mais c'est un point d'interrogation qui suit l'"Enfin libre" en tête de l'avant-dernier chapitre. Car la menace ne connaît pas les frontières. A l'arrivée d'Asia Bibi, un islamiste diffuse une vidéo sur les réseaux sociaux assurant s'être lui aussi rendu au Canada... pour tuer la "blasphématrice".
"Mon histoire, vous la connaissez à travers les médias", reconnaît la mère de famille devenue une icône de la liberté religieuse après avoir été condamnée à mort pour blasphème en 2010 au Pakistan, puis acquittée fin 2018 après une vaste campagne internationale de soutien qui lui a permis de trouver refuge au Canada.

"Mais vous êtes loin de vous représenter mon quotidien, en prison, ou dans ma nouvelle vie", confie-t-elle sur la quatrième de couverture d'"Enfin libre!" (Éditions du Rocher). Ce récit exclusif a été reconstitué par la journaliste française Anne-Isabelle Tollet, une ancienne correspondante au Pakistan qui a mené une campagne de soutien à Asia Bibi.

Paru mercredi en français - il sortira en septembre en anglais -, il livre peu de détails sur sa nouvelle vie au Canada, mais revient longuement sur son emprisonnement.

Anne-Isabelle Tollet est la seule journaliste à l'avoir rencontrée au Canada, dans un endroit qui reste secret.

"Moi, Asia Bibi, condamnée à être pendue parce que j'avais soif", commence Asia Bibi dans ce récit. "Je suis devenue prisonnière du fanatisme", raconte l'ancienne ouvrière agricole illettrée sous la plume de la journaliste. Les islamistes, même s'ils ne sont "pas représentatifs", "dictent leur volonté (...) parce qu'ils n'hésitent pas à mettre des bombes", accuse-t-elle, certaine que sa condamnation pour "blasphème" est le fait de juges à la solde d'extrémistes voulant chasser les chrétiens.

Le blasphème est un sujet incendiaire au Pakistan, où de simples accusations suffisent parfois à entraîner des lynchages meurtriers.

Les Chrétiens, qui représentent environ 2% de la population pakistanaise très majoritairement musulmane, souffrent de "toutes sortes de mépris" quand ils ne sont pas purement et simplement éliminés, comme ce couple de chrétiens brûlés vifs dans un village proche de celui d'Asia Bibi, se souvient celle-ci.

Condamnée à mort, la "blasphématrice" est jetée en prison avec, souvent, "les larmes pour seules compagnes de cellule".

- Libre ? -

"Une longue chaîne traîne sur le sol crasseux, elle relie ma gorge à la main menottée du gardien qui me tire comme un chien en laisse. Au plus profond de moi, une peur sourde m'entraîne vers la profondeur des ténèbres. Une peur lancinante qui ne me quittera jamais", écrit-elle.

Derrière les barreaux, ils sont nombreux ceux qui veulent exaucer le souhait des codétenues qui hurlent "à mort !" ou "pendue !" quand Asia Bibi passe dans les couloirs.

Sa compagne de cellule, une musulmane, meurt empoisonnée car jugée "trop gentille" avec la paria. "Si j'étais toi, je ferais attention à ce que je mange...", conseille-t-on à Asia Bibi.

Elle raconte qu'un commando de talibans réussira même à s'introduire dans sa prison avant d'être capturé non loin de sa cellule.

Dans cette "antichambre de la mort" qu'est sa cellule, Asia Bibi ne trouve de salut que dans les prières adressées à la Sainte-Vierge, chassant les pensées suicidaires... et les espoirs déçus.

Le gouverneur qui vient lui rendre visite et lui promet de la "sortir de là" : elle apprendra plus tard qu'il a été assassiné. La gardienne attentionnée : elle se trouve être la personne qui s'introduit la nuit dans sa cellule pour la rouer de coups. Et le pape Benoît XVI qui appelle à sa libération : cela intensifie la haine envers les chrétiens au Pakistan et la tête d'Asia Bibi est mise à prix par un mollah.

Elle n'y croira même pas quand, enfin, la Cour suprême l'acquittera. Le 9 mai 2019, un communiqué officiel tombe : "Asia Bibi a quitté le Pakistan de son plein gré" pour le Canada.

Mais c'est un point d'interrogation qui suit l'"Enfin libre" en tête de l'avant-dernier chapitre. Car la menace ne connaît pas les frontières. A l'arrivée d'Asia Bibi, un islamiste diffuse une vidéo sur les réseaux sociaux assurant s'être lui aussi rendu au Canada... pour tuer la "blasphématrice".]]>
https://www.peinedemort.org/document/10812 Wed, 29 Jan 2020 00:00:00 +0000 Agence mondiale d'information - AFP
Pakistan: 80 islamistes condamnés à de lourdes peines pour les manifestations anti-Asia Bibi https://www.peinedemort.org/document/10806 Un tribunal pakistanais a condamné plus de 80 islamistes à une peine de 55 ans de prison chacun, pour leur participation à des violentes manifestations contre l'acquittement de la chrétienne Asia Bibi, accusée de blasphème contre l'islam, a-t-on appris vendredi auprès d'un responsable de la mouvance islamiste. Le jugement, inhabituellement sévère pour ce genre d'affaires au Pakistan, où la question du blasphème est particulièrement sensible, a été prononcé jeudi par un tribunal de Rawalpindi, a déclaré à l'AFP Pir Ejaz Ashrafi, un cadre du parti islamiste Tehreek-e-Labaik Pakistan (TLP). Les 86 condamnés, à l'issue d'un procès qui a duré plus d'un an, étaient membres du parti, un mouvement extrémiste qui avait organisé de violentes manifestations à travers le pays pour dénoncer l'acquittement de la chrétienne Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème en 2010 puis acquittée fin 2018. Après son acquittement, des milliers de membres du TLP avaient bloqué trois jours durant les principaux axes du pays pour exiger sa pendaison. Le TLP avait appelé à assassiner les juges de la Cour suprême ayant pris la décision, et à des mutineries dans l'armée. Les autorités avaient ordonné l'arrestation du chef du parti, Khadim Hussain Rizvi, pour calmer les esprits. Il avait été remis en liberté en mai 2019. "C'est une parodie de justice, avec des peines particulièrement lourdes", a dénoncé Pir Ejaz Ashrafi, qui a assuré que le parti allait faire appel du jugement. Le blasphème est un sujet incendiaire au Pakistan, où de simples accusations suffisent parfois à entraîner des lynchages meurtriers. Mme Bibi, ouvrière agricole d'une cinquantaine d'années et mère de famille, avait été condamnée à mort à la suite d'une dispute avec des villageoises musulmanes au sujet d'un verre d'eau. S'en était suivie une longue saga judiciaire qui avait divisé le pays et ému la communauté internationale, attirant l'attention des papes Benoît XVI et François. Après avoir passé plus de huit ans dans les couloirs de la mort au Pakistan, elle vit désormais au Canada. Les chrétiens, qui comptent pour environ 2% de la population pakistanaise majoritairement musulmane, constituent l'une des communautés les plus déclassées du Pakistan. Ils vivent souvent dans des bidonvilles et se voient offrir des emplois peu rémunérés de balayeurs, d'agents d'entretien ou de cuisiniers.
Le jugement, inhabituellement sévère pour ce genre d'affaires au Pakistan, où la question du blasphème est particulièrement sensible, a été prononcé jeudi par un tribunal de Rawalpindi, a déclaré à l'AFP Pir Ejaz Ashrafi, un cadre du parti islamiste Tehreek-e-Labaik Pakistan (TLP).

Les 86 condamnés, à l'issue d'un procès qui a duré plus d'un an, étaient membres du parti, un mouvement extrémiste qui avait organisé de violentes manifestations à travers le pays pour dénoncer l'acquittement de la chrétienne Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème en 2010 puis acquittée fin 2018.

Après son acquittement, des milliers de membres du TLP avaient bloqué trois jours durant les principaux axes du pays pour exiger sa pendaison.

Le TLP avait appelé à assassiner les juges de la Cour suprême ayant pris la décision, et à des mutineries dans l'armée.

Les autorités avaient ordonné l'arrestation du chef du parti, Khadim Hussain Rizvi, pour calmer les esprits. Il avait été remis en liberté en mai 2019.

"C'est une parodie de justice, avec des peines particulièrement lourdes", a dénoncé Pir Ejaz Ashrafi, qui a assuré que le parti allait faire appel du jugement.

Le blasphème est un sujet incendiaire au Pakistan, où de simples accusations suffisent parfois à entraîner des lynchages meurtriers.

Mme Bibi, ouvrière agricole d'une cinquantaine d'années et mère de famille, avait été condamnée à mort à la suite d'une dispute avec des villageoises musulmanes au sujet d'un verre d'eau.

S'en était suivie une longue saga judiciaire qui avait divisé le pays et ému la communauté internationale, attirant l'attention des papes Benoît XVI et François.

Après avoir passé plus de huit ans dans les couloirs de la mort au Pakistan, elle vit désormais au Canada.

Les chrétiens, qui comptent pour environ 2% de la population pakistanaise majoritairement musulmane, constituent l'une des communautés les plus déclassées du Pakistan. Ils vivent souvent dans des bidonvilles et se voient offrir des emplois peu rémunérés de balayeurs, d'agents d'entretien ou de cuisiniers.]]>
https://www.peinedemort.org/document/10806 Fri, 17 Jan 2020 00:00:00 +0000 Agence mondiale d'information - AFP
Pakistan : la condamnation à mort de Junaid Hafeez pour blasphème est une parodie de justice (experts de l'ONU) https://www.peinedemort.org/document/10789 Des experts des droits de l'homme indépendants des Nations Unies * ont condamné la peine de mort prononcée par un tribunal pakistanais a l'encontre du professeur d'université Junaid Hafeez, accusé de blasphème. La condamnation a été prononcée, malgré l'arrêt-clé de la Cour suprême lors du procès pour blasphème d'Asia Bibi l'année dernière et l'appel urgent d'experts du système des Nations Unies lancé au gouvernement, soulevant des inquiétudes quant au fond de l'affaire. « La décision de la Cour suprême dans l'affaire Asia Bibi aurait dû créer un précédent permettant aux juridictions inférieures de rejeter toute affaire de blasphème qui n'a pas été prouvée au-delà de tout doute raisonnable », ont déclaré les experts. « À la lumière de cette décision, le verdict de culpabilité contre M. Hafeez est une parodie de justice et nous condamnons la peine de mort qui lui a été infligée. Nous prions instamment les cours supérieures du Pakistan d'entendre rapidement son appel, d'annuler la peine de mort et de l'acquitter », ont-ils ajouté. Le droit international n'autorise la peine de mort que dans des circonstances exceptionnelles et exige des preuves incontestables de meurtre intentionnel, ont noté les experts « La condamnation à mort prononcée contre M. Hafeez n'a aucun fondement ni en droit ni en preuves, et est donc contraire au droit international. L'exécution de la peine équivaudrait à un meurtre arbitraire », ont-ils déclaré. Les experts se sont dit très préoccupés par le fait que des accusations de blasphème sont toujours portées contre des personnes qui exercent légitimement leurs droits à la liberté de pensée, de conscience, de religion et d'expression. M. Hafeez, professeur de 33 ans à l'Université Bahauddin Zakariya de Multan, a été arrêté le 13 mars 2013 et inculpé en vertu des articles 295-B et -C du Code pénal pakistanais pour avoir prétendument fait des remarques blasphématoires lors de conférences et sur son compte Facebook. Il est incarcéré en isolement depuis le début de son procès en 2014, ce qui affecte gravement sa santé mentale et physique. La peine de mort a été prononcée par un tribunal du district de Multan le 21 décembre 2019. « Le régime d'incarcération en isolement prolongé pourrait bien être considéré comme de la torture ou d'autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants », ont déclaré les experts. Le cas de M. Hafeez a fait l'objet de longs procès à Multan, l'accusation n'ayant pas fourni de preuves convaincantes de sa culpabilité. « Nous notons également que certaines preuves documentaires soumises au tribunal n'ont jamais fait l'objet d'un examen médico-légal indépendant malgré les allégations selon lesquelles elles auraient été inventées, et qu'un avocat représentant M. Hafeez en 2014, Rashid Rehman, a été assassiné et que les tueurs n'ont pas été traduits en justice », ont-ils dit. « Il semble y avoir un climat de peur parmi les membres de la magistrature qui traitent cette affaire, ce qui peut expliquer pourquoi au moins sept juges ont été transférés au cours de ce long procès », ont constaté les experts. NOTE : Les experts indépendants font partie de la division des procédures spéciales du Conseil des droits de l'homme. Les procédures spéciales, l'organe le plus important d'experts indépendants du Système des droits de l'homme de l'ONU, est le terme général appliqué aux mécanismes d'enquête et de suivi indépendants du Conseil qui s'adressent aux situations spécifiques des pays ou aux questions thématiques partout dans le monde. Les experts des procédures spéciales travaillent à titre bénévole ; ils ne font pas partie du personnel de l'ONU et ils ne reçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants des gouvernements et des organisations et ils exercent leurs fonctions à titre indépendant. * Les experts des Nations Unies sont : Ahmed Shaheed, Rapporteur spécial sur la liberté de religion ou de conviction ; Agnès Callamard, Rapporteuse spéciale sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires ; Nils Melzer, Rapporteur spécial sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et les membres du Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire - José Antonio Guevara Bermúdez (Président), Leigh Toomey (Vice-présidente chargée des communications) ), Elina Steinerte (Vice-présidente chargée du suivi), Seong-Phil Hong et Sètondji Adjovi.
La condamnation a été prononcée, malgré l'arrêt-clé de la Cour suprême lors du procès pour blasphème d'Asia Bibi l'année dernière et l'appel urgent d'experts du système des Nations Unies lancé au gouvernement, soulevant des inquiétudes quant au fond de l'affaire.

« La décision de la Cour suprême dans l'affaire Asia Bibi aurait dû créer un précédent permettant aux juridictions inférieures de rejeter toute affaire de blasphème qui n'a pas été prouvée au-delà de tout doute raisonnable », ont déclaré les experts.

« À la lumière de cette décision, le verdict de culpabilité contre M. Hafeez est une parodie de justice et nous condamnons la peine de mort qui lui a été infligée. Nous prions instamment les cours supérieures du Pakistan d'entendre rapidement son appel, d'annuler la peine de mort et de l'acquitter », ont-ils ajouté.

Le droit international n'autorise la peine de mort que dans des circonstances exceptionnelles et exige des preuves incontestables de meurtre intentionnel, ont noté les experts

« La condamnation à mort prononcée contre M. Hafeez n'a aucun fondement ni en droit ni en preuves, et est donc contraire au droit international. L'exécution de la peine équivaudrait à un meurtre arbitraire », ont-ils déclaré.

Les experts se sont dit très préoccupés par le fait que des accusations de blasphème sont toujours portées contre des personnes qui exercent légitimement leurs droits à la liberté de pensée, de conscience, de religion et d'expression.

M. Hafeez, professeur de 33 ans à l'Université Bahauddin Zakariya de Multan, a été arrêté le 13 mars 2013 et inculpé en vertu des articles 295-B et -C du Code pénal pakistanais pour avoir prétendument fait des remarques blasphématoires lors de conférences et sur son compte Facebook. Il est incarcéré en isolement depuis le début de son procès en 2014, ce qui affecte gravement sa santé mentale et physique. La peine de mort a été prononcée par un tribunal du district de Multan le 21 décembre 2019.

« Le régime d'incarcération en isolement prolongé pourrait bien être considéré comme de la torture ou d'autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants », ont déclaré les experts.

Le cas de M. Hafeez a fait l'objet de longs procès à Multan, l'accusation n'ayant pas fourni de preuves convaincantes de sa culpabilité. « Nous notons également que certaines preuves documentaires soumises au tribunal n'ont jamais fait l'objet d'un examen médico-légal indépendant malgré les allégations selon lesquelles elles auraient été inventées, et qu'un avocat représentant M. Hafeez en 2014, Rashid Rehman, a été assassiné et que les tueurs n'ont pas été traduits en justice », ont-ils dit.

« Il semble y avoir un climat de peur parmi les membres de la magistrature qui traitent cette affaire, ce qui peut expliquer pourquoi au moins sept juges ont été transférés au cours de ce long procès », ont constaté les experts.



NOTE :

Les experts indépendants font partie de la division des procédures spéciales du Conseil des droits de l'homme. Les procédures spéciales, l'organe le plus important d'experts indépendants du Système des droits de l'homme de l'ONU, est le terme général appliqué aux mécanismes d'enquête et de suivi indépendants du Conseil qui s'adressent aux situations spécifiques des pays ou aux questions thématiques partout dans le monde.

Les experts des procédures spéciales travaillent à titre bénévole ; ils ne font pas partie du personnel de l'ONU et ils ne reçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants des gouvernements et des organisations et ils exercent leurs fonctions à titre indépendant.

* Les experts des Nations Unies sont : Ahmed Shaheed, Rapporteur spécial sur la liberté de religion ou de conviction ; Agnès Callamard, Rapporteuse spéciale sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires ; Nils Melzer, Rapporteur spécial sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et les membres du Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire - José Antonio Guevara Bermúdez (Président), Leigh Toomey (Vice-présidente chargée des communications) ), Elina Steinerte (Vice-présidente chargée du suivi), Seong-Phil Hong et Sètondji Adjovi.]]>
https://www.peinedemort.org/document/10789 Fri, 27 Dec 2019 00:00:00 +0000 Organisation des Nations Unies
Pakistan: peine de mort pour un professeur d'université accusé de blasphème https://www.peinedemort.org/document/10768 Un professeur d'université accusé d'avoir dénigré le prophète Mahomet en 2013, et dont l'avocat avait été assassiné l'année suivante après avoir été menacé de mort durant une audience, a été condamné à mort samedi pour blasphème au Pakistan, où cette question est extrêmement sensible. Junaid Hafeez "doit être pendu par le cou jusqu'à sa mort", peut-on lire dans jugement du tribunal de première instance de Multan (centre). "Merci à Dieu, cette affaire est arrivée à sa juste conclusion", a commenté le procureur Zia ur Rehman, interrogé par l'AFP. A Multan, des avocats ont distribué des sucreries au barreau de la ville en chantant "Allah Akhbar" ("Dieu est le plus grand") ou encore "Mort aux blasphémateurs". "Ce verdict est la victoire de la vérité", s'est réjoui Airaz Ali, l'un d'entre eux. Junaid Hafeez, maître de conférence à l'université Bahauddin Zakariya de Multan (centre), est accusé d'avoir dénigré le prophète Mahomet en mars 2013 sur les réseaux sociaux. En mai 2014, trois hommes armés avaient assassiné son avocat, Rashid Rehman, après que les avocats de la partie civile l'eurent menacé de mort durant une audience. "Les personnes impliquées dans le meurtre n'ont jamais été appréhendées", ce qui est un gage "d'impunité pour d'autres éventuels justiciers en puissance", ont observé la famille de Junaid Hafeez et ses avocats samedi dans un communiqué dénonçant l'"injustice" de la sentence. "Dans de telles circonstances, un juge pourrait-il prendre le risque de rendre justice ?", se sont-ils interrogés, critiquant une décision "qui a moins à voir avec le bien-fondé juridique de l'affaire qu'avec l'environnement sociopolitique dans lequel les juridictions inférieures opèrent" au Pakistan. Junaid Hafeez, de confession musulmane, est détenu à l'isolement depuis mai juin 2014. Ses conditions de détention ont encore empiré cette dernière année, depuis qu'il est enfermé dans une cellule de 8 m2, au sein d'un baraquement dont il est le seul prisonnier et dont il n'a pas le droit de sortir, selon son avocat Asad Jamal. - "Consterné" - "Il ne peut y avoir de procès équitable dans les affaires de blasphème", a commenté Me Jamal à l'AFP. "Nous ferons appel de ce verdict", a-t-il poursuivi. La condamnation à mort de Junaid Hafeez est "une erreur judiciaire flagrante", "extrêmement décevante et surprenante", a réagi Rabia Mehmood, chercheuse pour Amnesty international. "Toute l'affaire Junaid et son long procès ont été une parodie de justice, a-t-elle déploré. Le gouvernement doit le libérer immédiatement et abandonner toutes les charges retenues contre lui". La Commission pakistanaise des droits de l'Homme, pointant également "les pressions" exercées sur le tribunal de première instance de Multan, s'est dite "consternée" dans un communiqué, espérant que "le verdict sera annulé en appel". Huit juges se sont succédé depuis que cette affaire à démarré, les sept premiers ayant été transférés, avait dénoncé Amnesty international en septembre, dénonçant "de sérieux retards de procédure". Le blasphème est une question brûlante au Pakistan, où même des allégations non prouvées d'insulte à l'islam peuvent entraîner assassinats et lynchages. L'acquittement fin octobre dernier de la chrétienne Asia Bibi, qui avait passé plus de huit ans dans les couloirs de la mort pour blasphème, ce qu'elle a toujours nié, avait provoqué des manifestations violentes dans tout le Pakistan. Asia Bibi vit désormais au Canada avec sa famille. La plupart des affaires de blasphème concernent des musulmans au Pakistan, pays de 207 millions d'habitants dont au moins 95% de la population est musulmane. Les minorités religieuses, chrétiens, hindous et surtout Ahmadis - une branche de l'islam non reconnue au Pakistan car ses adeptes croient en un prophète après Mahomet, ce qui fait d'eux des hérétiques pour les plus conservateurs - sont toutefois surreprésentées au regard de leur faible nombre, selon plusieurs études sur le blasphème.
Junaid Hafeez "doit être pendu par le cou jusqu'à sa mort", peut-on lire dans jugement du tribunal de première instance de Multan (centre).

"Merci à Dieu, cette affaire est arrivée à sa juste conclusion", a commenté le procureur Zia ur Rehman, interrogé par l'AFP.

A Multan, des avocats ont distribué des sucreries au barreau de la ville en chantant "Allah Akhbar" ("Dieu est le plus grand") ou encore "Mort aux blasphémateurs". "Ce verdict est la victoire de la vérité", s'est réjoui Airaz Ali, l'un d'entre eux.

Junaid Hafeez, maître de conférence à l'université Bahauddin Zakariya de Multan (centre), est accusé d'avoir dénigré le prophète Mahomet en mars 2013 sur les réseaux sociaux.

En mai 2014, trois hommes armés avaient assassiné son avocat, Rashid Rehman, après que les avocats de la partie civile l'eurent menacé de mort durant une audience.

"Les personnes impliquées dans le meurtre n'ont jamais été appréhendées", ce qui est un gage "d'impunité pour d'autres éventuels justiciers en puissance", ont observé la famille de Junaid Hafeez et ses avocats samedi dans un communiqué dénonçant l'"injustice" de la sentence.

"Dans de telles circonstances, un juge pourrait-il prendre le risque de rendre justice ?", se sont-ils interrogés, critiquant une décision "qui a moins à voir avec le bien-fondé juridique de l'affaire qu'avec l'environnement sociopolitique dans lequel les juridictions inférieures opèrent" au Pakistan.

Junaid Hafeez, de confession musulmane, est détenu à l'isolement depuis mai juin 2014. Ses conditions de détention ont encore empiré cette dernière année, depuis qu'il est enfermé dans une cellule de 8 m2, au sein d'un baraquement dont il est le seul prisonnier et dont il n'a pas le droit de sortir, selon son avocat Asad Jamal.

- "Consterné" -

"Il ne peut y avoir de procès équitable dans les affaires de blasphème", a commenté Me Jamal à l'AFP. "Nous ferons appel de ce verdict", a-t-il poursuivi.

La condamnation à mort de Junaid Hafeez est "une erreur judiciaire flagrante", "extrêmement décevante et surprenante", a réagi Rabia Mehmood, chercheuse pour Amnesty international.

"Toute l'affaire Junaid et son long procès ont été une parodie de justice, a-t-elle déploré. Le gouvernement doit le libérer immédiatement et abandonner toutes les charges retenues contre lui".

La Commission pakistanaise des droits de l'Homme, pointant également "les pressions" exercées sur le tribunal de première instance de Multan, s'est dite "consternée" dans un communiqué, espérant que "le verdict sera annulé en appel".

Huit juges se sont succédé depuis que cette affaire à démarré, les sept premiers ayant été transférés, avait dénoncé Amnesty international en septembre, dénonçant "de sérieux retards de procédure".

Le blasphème est une question brûlante au Pakistan, où même des allégations non prouvées d'insulte à l'islam peuvent entraîner assassinats et lynchages.

L'acquittement fin octobre dernier de la chrétienne Asia Bibi, qui avait passé plus de huit ans dans les couloirs de la mort pour blasphème, ce qu'elle a toujours nié, avait provoqué des manifestations violentes dans tout le Pakistan. Asia Bibi vit désormais au Canada avec sa famille.

La plupart des affaires de blasphème concernent des musulmans au Pakistan, pays de 207 millions d'habitants dont au moins 95% de la population est musulmane.

Les minorités religieuses, chrétiens, hindous et surtout Ahmadis - une branche de l'islam non reconnue au Pakistan car ses adeptes croient en un prophète après Mahomet, ce qui fait d'eux des hérétiques pour les plus conservateurs - sont toutefois surreprésentées au regard de leur faible nombre, selon plusieurs études sur le blasphème.]]>
https://www.peinedemort.org/document/10768 Sat, 21 Dec 2019 00:00:00 +0000 Agence mondiale d'information - AFP
Pakistan: un condamné à mort pour blasphème acquitté après 18 ans de prison https://www.peinedemort.org/document/10668 Un homme condamné à mort en 2002 pour blasphème et qui a passé plus de 18 ans en prison a été acquitté mercredi par la Cour suprême du Pakistan, a annoncé jeudi son avocat à l'AFP. Wajih-ul-Hassan, de confession musulmane, devrait être libéré dans les prochains jours, a déclaré Me Nadeem Anthony, son défenseur. Après le rendu de la décision par la plus haute juridiction pakistanaise, "tout le monde pleurait de bonheur. C'est un si long voyage", a-t-il raconté, se refusant toutefois à toute critique du système judiciaire pakistanais. Peu avant l'acquittement, des "messages de menaces" sont parvenus via la messagerie WhatsApp à la famille de son client, qui est "inquiète", a indiqué Me Anthony. Le blasphème est une question brûlante au Pakistan, où même des allégations non prouvées d'insulte à l'islam peuvent entraîner assassinats et lynchages. Une quarantaine de personnes condamnées pour blasphème se trouvent actuellement dans le couloir de la mort au Pakistan, selon une estimation de la Commission internationale pour la liberté religieuse des Etats-Unis datant de 2018. "Les lois pakistanaises sur le blasphème sont trop larges, vagues et coercitives. Elles ont été utilisés pour cibler les minorités religieuses (et) poursuivre des vendettas personnelles", rappelait mercredi Amnesty international dans un communiqué. L'ONG dénonçait également "une parodie" de justice après qu'un professeur d'université, Junaid Hafeez, accusé de blasphème, a passé plus de cinq ans à l'isolement cellulaire. L'instruction de son procès a en outre subi de "sérieux retards", huit juges s'étant succédé dans cette affaire sans trancher sur son sort, selon Amnesty. En mai 2014, trois hommes armés avaient assassiné l'avocat de M. Hafeez, que les avocats de la partie civile avaient menacé de mort durant une audience. L'acquittement fin octobre dernier de la chrétienne Asia Bibi, une mère de famille qui avait passé plus de huit ans dans les couloirs de la mort pour blasphème, ce qu'elle a toujours nié, avait provoqué des manifestations violentes dans tout le Pakistan. Asia Bibi vit désormais au Canada avec sa famille. La plupart des affaires de blasphème concernent des musulmans au Pakistan, selon des experts du dossier.
Wajih-ul-Hassan, de confession musulmane, devrait être libéré dans les prochains jours, a déclaré Me Nadeem Anthony, son défenseur.

Après le rendu de la décision par la plus haute juridiction pakistanaise, "tout le monde pleurait de bonheur. C'est un si long voyage", a-t-il raconté, se refusant toutefois à toute critique du système judiciaire pakistanais.

Peu avant l'acquittement, des "messages de menaces" sont parvenus via la messagerie WhatsApp à la famille de son client, qui est "inquiète", a indiqué Me Anthony.

Le blasphème est une question brûlante au Pakistan, où même des allégations non prouvées d'insulte à l'islam peuvent entraîner assassinats et lynchages.

Une quarantaine de personnes condamnées pour blasphème se trouvent actuellement dans le couloir de la mort au Pakistan, selon une estimation de la Commission internationale pour la liberté religieuse des Etats-Unis datant de 2018.

"Les lois pakistanaises sur le blasphème sont trop larges, vagues et coercitives. Elles ont été utilisés pour cibler les minorités religieuses (et) poursuivre des vendettas personnelles", rappelait mercredi Amnesty international dans un communiqué.

L'ONG dénonçait également "une parodie" de justice après qu'un professeur d'université, Junaid Hafeez, accusé de blasphème, a passé plus de cinq ans à l'isolement cellulaire. L'instruction de son procès a en outre subi de "sérieux retards", huit juges s'étant succédé dans cette affaire sans trancher sur son sort, selon Amnesty.

En mai 2014, trois hommes armés avaient assassiné l'avocat de M. Hafeez, que les avocats de la partie civile avaient menacé de mort durant une audience.

L'acquittement fin octobre dernier de la chrétienne Asia Bibi, une mère de famille qui avait passé plus de huit ans dans les couloirs de la mort pour blasphème, ce qu'elle a toujours nié, avait provoqué des manifestations violentes dans tout le Pakistan.

Asia Bibi vit désormais au Canada avec sa famille.

La plupart des affaires de blasphème concernent des musulmans au Pakistan, selon des experts du dossier.]]>
https://www.peinedemort.org/document/10668 Thu, 26 Sep 2019 00:00:00 +0000 Agence mondiale d'information - AFP