La peine de mort dans le monde — Conseil constitutionnel français https://www.peinedemort.org/rss/organisation?id=28 Conseil constitutionnel français : tous les documents concernant la peine de mort. fr Sophie Fotiadi <sophie.fotiadi@peinedemort.org>, 2021 Wed, 20 Jan 2021 01:06:53 +0000 Fri, 28 Feb 2020 15:15:38 +0000 120 Le Conseil constitutionnel ouvre la voie à une forme de réhabilitation des condamnés à mort exécutés https://www.peinedemort.org/document/10850 Le Conseil constitutionnel, saisi par le fils de Jacques Fesch, guillotiné en 1957, qui souhaite obtenir sa réhabilitation judiciaire, a ouvert la voie vendredi à la possibilité de rétablir "l'honneur" des condamnés à mort exécutés. Les "Sages" avaient examiné le 4 février une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) déposée par Gérard Fesch au soutien de la requête en réhabilitation de son père. Ce dernier avait été condamné à mort le 6 avril 1957 et décapité le 1er octobre de la même année à l'âge de 27 ans, pour un braquage suivi du meurtre d'un gardien de la paix à Paris. En prison, il avait trouvé la foi et sa conversion fulgurante est considérée par l'Eglise catholique, qui envisage de le béatifier, comme un modèle de repentance. Plus de 38 ans après l'abolition de la peine de mort, Gérard Fesch, un enfant de l'Assistance publique qui a découvert tardivement et fortuitement ce lien de filiation, s'est lancé dans un combat singulier: avoir le droit de demander la réhabilitation judiciaire de son père, actuellement rendue impossible par la loi. Il demandait donc la levée de cette interdiction pour les condamnés à mort qui ont été exécutés, à la différence de ceux qui ont été graciés et de tous les autres condamnés à une peine criminelle. L'un de ses avocats, Me Patrice Spinosi, avait exhorté les "Sages" de "réparer une injustice assez criante de la loi", en rendant "une décision forte", "humaniste". Dans sa décision, le Conseil constitutionnel rappelle que la réhabilitation judiciaire "vise à favoriser le reclassement du condamné", autrement dit à l'encourager de son vivant à s'amender, une fois sa peine exécutée. "Dès lors, les personnes condamnées à la peine de mort et exécutées se trouvaient dans l'impossibilité de remplir les conditions prévues par la loi", soulignent les "Sages". Ils ont donc écarté les critiques d'une méconnaissance des principes d'égalité devant la loi et la justice, et déclaré les dispositions attaquées conformes à la Constitution. Mais dès lors que l'abolition de la peine de mort a été inscrite dans la Constitution par la loi du 23 février 2007, les "Sages" invitent le législateur à "instituer une procédure judiciaire" spécifique, distincte de la réhabilitation judiciaire. Cette procédure pourrait être "ouverte aux ayants droit d'une personne condamnée à la peine de mort dont la peine a été exécutée, tendant au rétablissement de son honneur à raison des gages d'amendement qu'elle a pu fournir", écrit le Conseil constitutionnel.
Les "Sages" avaient examiné le 4 février une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) déposée par Gérard Fesch au soutien de la requête en réhabilitation de son père.

Ce dernier avait été condamné à mort le 6 avril 1957 et décapité le 1er octobre de la même année à l'âge de 27 ans, pour un braquage suivi du meurtre d'un gardien de la paix à Paris. En prison, il avait trouvé la foi et sa conversion fulgurante est considérée par l'Eglise catholique, qui envisage de le béatifier, comme un modèle de repentance.

Plus de 38 ans après l'abolition de la peine de mort, Gérard Fesch, un enfant de l'Assistance publique qui a découvert tardivement et fortuitement ce lien de filiation, s'est lancé dans un combat singulier: avoir le droit de demander la réhabilitation judiciaire de son père, actuellement rendue impossible par la loi.

Il demandait donc la levée de cette interdiction pour les condamnés à mort qui ont été exécutés, à la différence de ceux qui ont été graciés et de tous les autres condamnés à une peine criminelle.

L'un de ses avocats, Me Patrice Spinosi, avait exhorté les "Sages" de "réparer une injustice assez criante de la loi", en rendant "une décision forte", "humaniste".

Dans sa décision, le Conseil constitutionnel rappelle que la réhabilitation judiciaire "vise à favoriser le reclassement du condamné", autrement dit à l'encourager de son vivant à s'amender, une fois sa peine exécutée.

"Dès lors, les personnes condamnées à la peine de mort et exécutées se trouvaient dans l'impossibilité de remplir les conditions prévues par la loi", soulignent les "Sages".

Ils ont donc écarté les critiques d'une méconnaissance des principes d'égalité devant la loi et la justice, et déclaré les dispositions attaquées conformes à la Constitution.

Mais dès lors que l'abolition de la peine de mort a été inscrite dans la Constitution par la loi du 23 février 2007, les "Sages" invitent le législateur à "instituer une procédure judiciaire" spécifique, distincte de la réhabilitation judiciaire.

Cette procédure pourrait être "ouverte aux ayants droit d'une personne condamnée à la peine de mort dont la peine a été exécutée, tendant au rétablissement de son honneur à raison des gages d'amendement qu'elle a pu fournir", écrit le Conseil constitutionnel. ]]>
https://www.peinedemort.org/document/10850 Fri, 28 Feb 2020 00:00:00 +0000 Agence mondiale d'information - AFP
Décision n° 2019-827 QPC - M. Gérard F. [Conditions de recevabilité d'une demande de réhabilitation judiciaire pour les personnes condamnées à la peine de mort] https://www.peinedemort.org/document/10851 M. Gérard F. [Conditions de recevabilité d'une demande de réhabilitation judiciaire pour les personnes condamnées à la peine de mort] [Conformité] LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL A ÉTÉ SAISI le 11 décembre 2019 par la Cour de cassation (chambre criminelle, arrêt n° 2805 du même jour), dans les conditions prévues à l'article 61-1 de la Constitution, d'une question prioritaire de constitutionnalité. Cette question a été posée pour M. Gérard F. par Me Éric Dupond-Moretti, avocat au barreau de Paris. Elle a été enregistrée au secrétariat général du Conseil constitutionnel sous le n° 2019-827 QPC. Elle est relative à la conformité aux droits et libertés que la Constitution garantit du premier alinéa des articles 785 et 786 du code de procédure pénale. Au vu des textes suivants : la Constitution ; la loi constitutionnelle n° 2007-239 du 23 février 2007 relative à l'interdiction de la peine de mort ; l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel ; le code de procédure pénale ; la loi n° 81-908 du 9 octobre 1981 portant abolition de la peine de mort ; la loi n° 92-1336 du 16 décembre 1992 relative à l'entrée en vigueur du nouveau code pénal et à la modification de certaines dispositions de droit pénal et de procédure pénale rendue nécessaire par cette entrée en vigueur ; la loi n° 2011-525 du 17 mai 2011 de simplification et d'amélioration de la qualité du droit ; les arrêts de la Cour de cassation du 12 février 1963 (chambre criminelle, n° 62-90.725) et du 11 juillet 2017 (chambre criminelle, n° 16-86.423) ; le règlement du 4 février 2010 sur la procédure suivie devant le Conseil constitutionnel pour les questions prioritaires de constitutionnalité ; Au vu des pièces suivantes : les observations présentées par le Premier ministre, enregistrées le 2 janvier 2020 ; les observations présentées pour le requérant par la SCP Spinosi et Sureau, avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation, enregistrées le 17 janvier 2020 ; les autres pièces produites et jointes au dossier ; Après avoir entendu Me Dupont-Moretti et Me Patrice Spinosi, avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation, pour le requérant, et M. Philippe Blanc, désigné par le Premier ministre, à l'audience publique du 4 février 2020 ; Et après avoir entendu le rapporteur ; LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL S'EST FONDÉ SUR CE QUI SUIT : 1. La question prioritaire de constitutionnalité doit être considérée comme portant sur les dispositions applicables au litige à l'occasion duquel elle a été posée. Dès lors, le Conseil constitutionnel est saisi du premier alinéa de l'article 785 du code de procédure pénale dans sa rédaction résultant de la loi du 16 décembre 1992 mentionnée ci-dessus et du premier alinéa de l'article 786 du même code dans sa rédaction résultant de la loi du 17 mai 2011 mentionnée ci-dessus. 2. Le premier alinéa de l'article 785 du code de procédure pénale, dans cette rédaction, prévoit :« La réhabilitation ne peut être demandée en justice, du vivant du condamné, que par celui-ci, ou, s'il est interdit, par son représentant légal ; en cas de décès et si les conditions légales sont remplies, la demande peut être suivie par son conjoint ou par ses ascendants ou descendants et même formée par eux, mais dans le délai d'une année seulement à dater du décès ». 3. Le premier alinéa de l'article 786 du même code, dans sa rédaction résultant de la loi du 17 mai 2011, prévoit : « La demande en réhabilitation ne peut être formée qu'après un délai de cinq ans pour les condamnés à une peine criminelle, de trois ans pour les condamnés à une peine correctionnelle et d'un an pour les condamnés à une peine contraventionnelle ». 4. Le requérant fait valoir que, en conditionnant la recevabilité d'une demande en réhabilitation judiciaire au respect d'un délai d'épreuve de cinq ans à compter de l'expiration de la sanction subie, ces dispositions priveraient les proches d'une personne condamnée à la peine de mort, dont la peine a été exécutée, de la possibilité de former en son nom une telle demande dans l'année de son décès. Cette différence de traitement entre les personnes condamnées à mort, dont la peine a été exécutée, et celles condamnées à d'autres peines criminelles, ou qui ont été graciées par le Président de la République, méconnaîtrait les principes d'égalité devant la loi et devant la justice. Il en résulterait également une méconnaissance du principe de proportionnalité des peines. 5. Par conséquent, la question prioritaire de constitutionnalité porte sur les mots « de cinq ans pour les condamnés à une peine criminelle » figurant au premier alinéa de l'article 786 du code de procédure pénale. - Sur les griefs tirés de la méconnaissance des principes d'égalité devant la loi et devant la justice : 6. Selon l'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, la loi « doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse ». Le principe d'égalité devant la loi ne s'oppose ni à ce que le législateur règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'il déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général, pourvu que, dans l'un et l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la loi qui l'établit. 7. Aux termes de l'article 16 de la Déclaration de 1789 : « Toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution ». 8. Il résulte des articles 6 et 16 de la Déclaration de 1789 que si le législateur peut prévoir des règles de procédure différentes selon les faits, les situations et les personnes auxquelles elles s'appliquent, c'est à la condition que ces différences ne procèdent pas de distinctions injustifiées et que soient assurées aux justiciables des garanties égales. 9. La réhabilitation judiciaire vise à favoriser le reclassement du condamné. Elle efface toutes les incapacités et déchéances qui résultent d'une condamnation pénale et interdit d'en rappeler l'existence à toute personne qui en a connaissance dans l'exercice de ses fonctions. Toutefois, elle ne supprime pas de plein droit la condamnation qui peut être prise en compte par les autorités judiciaires en cas de nouvelles poursuites, pour l'application de la récidive légale. 10. Selon l'article 786 du code de procédure pénale, une demande en réhabilitation judiciaire ne peut être formée qu'après un délai de cinq ans pour les personnes condamnées à une peine criminelle. Ce délai court à compter de l'expiration de la sanction, qu'elle soit exécutée ou prescrite, sauf dans le cas particulier, prévu à l'article 789 du même code, où le condamné « a rendu des services éminents au pays » depuis l'infraction et peut alors être réhabilité sans condition de temps ni d'exécution de peine. 11. Les dispositions contestées font ainsi obstacle à ce qu'une demande en réhabilitation judiciaire puisse être formée par une personne condamnée à la peine de mort, dont la peine a été exécutée. Elles font également obstacle à ce qu'une telle demande soit formée par ses proches dans l'année de son décès, conformément au premier alinéa de l'article 785 du même code. 12. Toutefois, en imposant le respect d'un délai d'épreuve de cinq ans après l'exécution de la peine, le législateur a entendu subordonner le bénéfice de la réhabilitation à la conduite adoptée par le condamné une fois qu'il n'était plus soumis aux rigueurs de la peine prononcée à son encontre. À cet égard, il résulte de la jurisprudence constante de la Cour de cassation que la réhabilitation judiciaire ne peut être accordée qu'aux personnes qui, après avoir été condamnées et avoir subi leur peine, se sont rendues dignes, par les gages d'amendement qu'elles ont donnés pendant le délai d'épreuve, d'être replacées dans l'intégrité de leur état ancien. Dès lors, les personnes condamnées à la peine de mort et exécutées se trouvaient dans l'impossibilité de remplir les conditions prévues par la loi. 13. Ainsi, la différence de traitement qui résulte des dispositions contestées repose sur une différence de situation et est en rapport direct avec l'objet de la loi. 14. Toutefois, après l'abolition de la peine de mort par la loi du 9 octobre 1981 mentionnée ci-dessus, le constituant a, par la loi constitutionnelle du 23 février 2007 mentionnée ci-dessus, introduit dans la Constitution l'article 66-1 aux termes duquel « Nul ne peut être condamné à la peine de mort ». Dans ces conditions, le législateur serait donc fondé à instituer une procédure judiciaire, ouverte aux ayants droit d'une personne condamnée à la peine de mort dont la peine a été exécutée, tendant au rétablissement de son honneur à raison des gages d'amendement qu'elle a pu fournir. 15. Il résulte de tout ce qui précède que les griefs tirés de la méconnaissance du principe d'égalité devant la loi et la justice doivent être écartés. - Sur le grief tiré de la méconnaissance du principe de proportionnalité des peines : 16. L'article 8 de la Déclaration de 1789 dispose : « La loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires ». L'article 61-1 de la Constitution ne confère pas au Conseil constitutionnel un pouvoir général d'appréciation et de décision de même nature que celui du Parlement, mais lui donne seulement compétence pour se prononcer sur la conformité des dispositions législatives soumises à son examen aux droits et libertés que la Constitution garantit. Si la nécessité des peines attachées aux infractions relève du pouvoir d'appréciation du législateur, il incombe au Conseil constitutionnel de s'assurer de l'absence de disproportion manifeste entre l'infraction et la peine encourue. À ce titre, il est notamment tenu compte du régime juridique d'exécution de cette peine. 17. Le fait que les ayants droit d'un condamné à mort dont la peine a été exécutée ne puissent engager une action en réhabilitation en son nom ne méconnaît pas le principe de proportionnalité des peines. 18. Les dispositions contestées, qui ne méconnaissent aucun autre droit ou liberté que la Constitution garantit, doivent être déclarées conformes à la Constitution. LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL DÉCIDE : Article 1er. - Les mots « de cinq ans pour les condamnés à une peine criminelle » figurant au premier alinéa de l'article 786 du code de procédure pénale, dans sa rédaction résultant de la loi n° 2011-525 du 17 mai 2011 de simplification et d'amélioration de la qualité du droit, sont conformes à la Constitution. Article 2. - Cette décision sera publiée au Journal officiel de la République française et notifiée dans les conditions prévues à l'article 23-11 de l'ordonnance du 7 novembre 1958 susvisée. Jugé par le Conseil constitutionnel dans sa séance du 27 février 2020, où siégeaient : M. Laurent FABIUS, Président, Mme Claire BAZY MALAURIE, M. Alain JUPPÉ, Mmes Dominique LOTTIN, Corinne LUQUIENS, Nicole MAESTRACCI, MM. Jacques MÉZARD, François PILLET et Michel PINAULT. Rendu public le 28 février 2020. [Conformité]

LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL A ÉTÉ SAISI le 11 décembre 2019 par la Cour de cassation (chambre criminelle, arrêt n° 2805 du même jour), dans les conditions prévues à l'article 61-1 de la Constitution, d'une question prioritaire de constitutionnalité. Cette question a été posée pour M. Gérard F. par Me Éric Dupond-Moretti, avocat au barreau de Paris. Elle a été enregistrée au secrétariat général du Conseil constitutionnel sous le n° 2019-827 QPC. Elle est relative à la conformité aux droits et libertés que la Constitution garantit du premier alinéa des articles 785 et 786 du code de procédure pénale.

Au vu des textes suivants :

la Constitution ;
la loi constitutionnelle n° 2007-239 du 23 février 2007 relative à l'interdiction de la peine de mort ;
l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel ;
le code de procédure pénale ;
la loi n° 81-908 du 9 octobre 1981 portant abolition de la peine de mort ;
la loi n° 92-1336 du 16 décembre 1992 relative à l'entrée en vigueur du nouveau code pénal et à la modification de certaines dispositions de droit pénal et de procédure pénale rendue nécessaire par cette entrée en vigueur ;
la loi n° 2011-525 du 17 mai 2011 de simplification et d'amélioration de la qualité du droit ;
les arrêts de la Cour de cassation du 12 février 1963 (chambre criminelle, n° 62-90.725) et du 11 juillet 2017 (chambre criminelle, n° 16-86.423) ;
le règlement du 4 février 2010 sur la procédure suivie devant le Conseil constitutionnel pour les questions prioritaires de constitutionnalité ;

Au vu des pièces suivantes :

les observations présentées par le Premier ministre, enregistrées le 2 janvier 2020 ;
les observations présentées pour le requérant par la SCP Spinosi et Sureau, avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation, enregistrées le 17 janvier 2020 ;
les autres pièces produites et jointes au dossier ;
Après avoir entendu Me Dupont-Moretti et Me Patrice Spinosi, avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation, pour le requérant, et M. Philippe Blanc, désigné par le Premier ministre, à l'audience publique du 4 février 2020 ;

Et après avoir entendu le rapporteur ;

LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL S'EST FONDÉ SUR CE QUI SUIT :

1. La question prioritaire de constitutionnalité doit être considérée comme portant sur les dispositions applicables au litige à l'occasion duquel elle a été posée. Dès lors, le Conseil constitutionnel est saisi du premier alinéa de l'article 785 du code de procédure pénale dans sa rédaction résultant de la loi du 16 décembre 1992 mentionnée ci-dessus et du premier alinéa de l'article 786 du même code dans sa rédaction résultant de la loi du 17 mai 2011 mentionnée ci-dessus.

2. Le premier alinéa de l'article 785 du code de procédure pénale, dans cette rédaction, prévoit :« La réhabilitation ne peut être demandée en justice, du vivant du condamné, que par celui-ci, ou, s'il est interdit, par son représentant légal ; en cas de décès et si les conditions légales sont remplies, la demande peut être suivie par son conjoint ou par ses ascendants ou descendants et même formée par eux, mais dans le délai d'une année seulement à dater du décès ».

3. Le premier alinéa de l'article 786 du même code, dans sa rédaction résultant de la loi du 17 mai 2011, prévoit : « La demande en réhabilitation ne peut être formée qu'après un délai de cinq ans pour les condamnés à une peine criminelle, de trois ans pour les condamnés à une peine correctionnelle et d'un an pour les condamnés à une peine contraventionnelle ».

4. Le requérant fait valoir que, en conditionnant la recevabilité d'une demande en réhabilitation judiciaire au respect d'un délai d'épreuve de cinq ans à compter de l'expiration de la sanction subie, ces dispositions priveraient les proches d'une personne condamnée à la peine de mort, dont la peine a été exécutée, de la possibilité de former en son nom une telle demande dans l'année de son décès. Cette différence de traitement entre les personnes condamnées à mort, dont la peine a été exécutée, et celles condamnées à d'autres peines criminelles, ou qui ont été graciées par le Président de la République, méconnaîtrait les principes d'égalité devant la loi et devant la justice. Il en résulterait également une méconnaissance du principe de proportionnalité des peines.

5. Par conséquent, la question prioritaire de constitutionnalité porte sur les mots « de cinq ans pour les condamnés à une peine criminelle » figurant au premier alinéa de l'article 786 du code de procédure pénale.

- Sur les griefs tirés de la méconnaissance des principes d'égalité devant la loi et devant la justice :

6. Selon l'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, la loi « doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse ». Le principe d'égalité devant la loi ne s'oppose ni à ce que le législateur règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'il déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général, pourvu que, dans l'un et l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la loi qui l'établit.

7. Aux termes de l'article 16 de la Déclaration de 1789 : « Toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution ».

8. Il résulte des articles 6 et 16 de la Déclaration de 1789 que si le législateur peut prévoir des règles de procédure différentes selon les faits, les situations et les personnes auxquelles elles s'appliquent, c'est à la condition que ces différences ne procèdent pas de distinctions injustifiées et que soient assurées aux justiciables des garanties égales.

9. La réhabilitation judiciaire vise à favoriser le reclassement du condamné. Elle efface toutes les incapacités et déchéances qui résultent d'une condamnation pénale et interdit d'en rappeler l'existence à toute personne qui en a connaissance dans l'exercice de ses fonctions. Toutefois, elle ne supprime pas de plein droit la condamnation qui peut être prise en compte par les autorités judiciaires en cas de nouvelles poursuites, pour l'application de la récidive légale.

10. Selon l'article 786 du code de procédure pénale, une demande en réhabilitation judiciaire ne peut être formée qu'après un délai de cinq ans pour les personnes condamnées à une peine criminelle. Ce délai court à compter de l'expiration de la sanction, qu'elle soit exécutée ou prescrite, sauf dans le cas particulier, prévu à l'article 789 du même code, où le condamné « a rendu des services éminents au pays » depuis l'infraction et peut alors être réhabilité sans condition de temps ni d'exécution de peine.

11. Les dispositions contestées font ainsi obstacle à ce qu'une demande en réhabilitation judiciaire puisse être formée par une personne condamnée à la peine de mort, dont la peine a été exécutée. Elles font également obstacle à ce qu'une telle demande soit formée par ses proches dans l'année de son décès, conformément au premier alinéa de l'article 785 du même code.

12. Toutefois, en imposant le respect d'un délai d'épreuve de cinq ans après l'exécution de la peine, le législateur a entendu subordonner le bénéfice de la réhabilitation à la conduite adoptée par le condamné une fois qu'il n'était plus soumis aux rigueurs de la peine prononcée à son encontre. À cet égard, il résulte de la jurisprudence constante de la Cour de cassation que la réhabilitation judiciaire ne peut être accordée qu'aux personnes qui, après avoir été condamnées et avoir subi leur peine, se sont rendues dignes, par les gages d'amendement qu'elles ont donnés pendant le délai d'épreuve, d'être replacées dans l'intégrité de leur état ancien. Dès lors, les personnes condamnées à la peine de mort et exécutées se trouvaient dans l'impossibilité de remplir les conditions prévues par la loi.

13. Ainsi, la différence de traitement qui résulte des dispositions contestées repose sur une différence de situation et est en rapport direct avec l'objet de la loi.

14. Toutefois, après l'abolition de la peine de mort par la loi du 9 octobre 1981 mentionnée ci-dessus, le constituant a, par la loi constitutionnelle du 23 février 2007 mentionnée ci-dessus, introduit dans la Constitution l'article 66-1 aux termes duquel « Nul ne peut être condamné à la peine de mort ». Dans ces conditions, le législateur serait donc fondé à instituer une procédure judiciaire, ouverte aux ayants droit d'une personne condamnée à la peine de mort dont la peine a été exécutée, tendant au rétablissement de son honneur à raison des gages d'amendement qu'elle a pu fournir.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les griefs tirés de la méconnaissance du principe d'égalité devant la loi et la justice doivent être écartés.

- Sur le grief tiré de la méconnaissance du principe de proportionnalité des peines :

16. L'article 8 de la Déclaration de 1789 dispose : « La loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires ». L'article 61-1 de la Constitution ne confère pas au Conseil constitutionnel un pouvoir général d'appréciation et de décision de même nature que celui du Parlement, mais lui donne seulement compétence pour se prononcer sur la conformité des dispositions législatives soumises à son examen aux droits et libertés que la Constitution garantit. Si la nécessité des peines attachées aux infractions relève du pouvoir d'appréciation du législateur, il incombe au Conseil constitutionnel de s'assurer de l'absence de disproportion manifeste entre l'infraction et la peine encourue. À ce titre, il est notamment tenu compte du régime juridique d'exécution de cette peine.

17. Le fait que les ayants droit d'un condamné à mort dont la peine a été exécutée ne puissent engager une action en réhabilitation en son nom ne méconnaît pas le principe de proportionnalité des peines.

18. Les dispositions contestées, qui ne méconnaissent aucun autre droit ou liberté que la Constitution garantit, doivent être déclarées conformes à la Constitution.

LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL DÉCIDE :

Article 1er. - Les mots « de cinq ans pour les condamnés à une peine criminelle » figurant au premier alinéa de l'article 786 du code de procédure pénale, dans sa rédaction résultant de la loi n° 2011-525 du 17 mai 2011 de simplification et d'amélioration de la qualité du droit, sont conformes à la Constitution.

Article 2. - Cette décision sera publiée au Journal officiel de la République française et notifiée dans les conditions prévues à l'article 23-11 de l'ordonnance du 7 novembre 1958 susvisée.

Jugé par le Conseil constitutionnel dans sa séance du 27 février 2020, où siégeaient : M. Laurent FABIUS, Président, Mme Claire BAZY MALAURIE, M. Alain JUPPÉ, Mmes Dominique LOTTIN, Corinne LUQUIENS, Nicole MAESTRACCI, MM. Jacques MÉZARD, François PILLET et Michel PINAULT.

Rendu public le 28 février 2020.]]>
https://www.peinedemort.org/document/10851 Fri, 28 Feb 2020 00:00:00 +0000 Conseil constitutionnel français
Le Conseil constitutionnel français confirme la validité de la procédure de réhabilitation qui ne s'applique pas aux condamnés à mort exécutés https://www.peinedemort.org/document/10852 Dans sa décision n° 2019-827, le Conseil Constitutionnel précise que l'absence de possibilité de réhabilitation judiciaire pour les personnes condamnées à mort et exécutées est conforme à la Constitution. Il avait été saisi d'une question prioritaire de constitutionnalité par le fils de Jacques Fesch, guillotiné en 1957, car les délais imposés par la loi ne permettent pas de déclencher une procédure de réhabilitation pour un condamné exécuté. Le Conseil Constitutionnel confirme que cette impossibilité est dans l'esprit de la loi puisque "la réhabilitation judiciaire ne peut être accordée qu'aux personnes qui, après avoir été condamnées et avoir subi leur peine, se sont rendues dignes, par les gages d'amendement qu'elles ont donnés pendant le délai d'épreuve, d'être replacées dans l'intégrité de leur état ancien. Dès lors, les personnes condamnées à la peine de mort et exécutées se trouvaient dans l'impossibilité de remplir les conditions prévues par la loi." Il précise néanmoins qu'étant donné l'abolition de la peine capitale le législateur pourrait prévoir une procédure ad hoc pour les condamnés exécutés.
Il avait été saisi d'une question prioritaire de constitutionnalité par le fils de Jacques Fesch, guillotiné en 1957, car les délais imposés par la loi ne permettent pas de déclencher une procédure de réhabilitation pour un condamné exécuté. Le Conseil Constitutionnel confirme que cette impossibilité est dans l'esprit de la loi puisque "la réhabilitation judiciaire ne peut être accordée qu'aux personnes qui, après avoir été condamnées et avoir subi leur peine, se sont rendues dignes, par les gages d'amendement qu'elles ont donnés pendant le délai d'épreuve, d'être replacées dans l'intégrité de leur état ancien. Dès lors, les personnes condamnées à la peine de mort et exécutées se trouvaient dans l'impossibilité de remplir les conditions prévues par la loi."

Il précise néanmoins qu'étant donné l'abolition de la peine capitale le législateur pourrait prévoir une procédure ad hoc pour les condamnés exécutés.]]>
https://www.peinedemort.org/document/10852 Fri, 28 Feb 2020 00:00:00 +0000 Sophie Fotiadi
Le combat d'un fils pour la réhabilitation de son père guillotiné https://www.peinedemort.org/document/10816 Le 1er octobre 1957, Jacques Fesch était guillotiné pour le meurtre d'un policier après un braquage raté. Plus de soixante ans après, son fils Gérard mène un combat singulier: obtenir la réhabilitation judiciaire de ce père que l'Eglise envisage de béatifier. Mardi, ses avocats ont défendu devant le Conseil constitutionnel la possibilité de modifier la loi qui interdit actuellement toute réhabilitation pour les condamnés à mort qui ont été exécutés, contrairement à ceux qui ont été graciés. Les "Sages" rendront leur décision le 28 février. "Ce que je veux, c'est que l'Histoire ne retienne pas que le guillotiné, mais que tout homme peut se repentir et devenir meilleur", explique Gérard Fesch à l'AFP. L'expression "pas banale" revient souvent dans la bouche de ce musicien à la retraite âgé de 65 ans quand il conte l'histoire hors du commun de ce père condamné à mort, dont la conversion fulgurante en prison est considérée par l'Eglise catholique comme un modèle de repentance. Gérard Fesch, un enfant de l'Assistance publique qui a "grandi péniblement" dans différentes familles d'accueil, a 40 ans quand il découvre, fortuitement, qui est son père. En 1994, une amie musicienne insiste pour qu'il lise un article de L'Express parlant d'un guillotiné que l'Eglise veut béatifier, un homme qui a eu un fils, Gérard, "d'une femme prénommée Thérèse". Un nom "gardé dans un coin de la tête" après l'avoir lu sur son dossier de la Ddass, profitant d'un moment d'absence de la directrice qui l'avait convoqué. Sa mère, qui n'a pas accouché sous X, l'a abandonné à sa naissance et avait imposé le secret sur ses origines après avoir reçu de l'argent de la famille Fesch. Gérard, qui s'appelle encore Droniou, fait "les calculs": il est né le 28 octobre 1954, Jacques Fesch a été arrêté huit mois plus tôt, le 25 février. Les dates concordent. En interrogeant l'auteur d'un livre sur l'affaire Fesch, il apprend que Thérèse a déposé au procès de son ex-amant sous le nom de Troniou, le même qu'il a porté jusqu'à ses dix ans avant qu'il devienne "Droniou" pour faire disparaître toute trace du scandale. L'enfant abandonné se découvre un père meurtrier, guillotiné. C'est difficile "à assimiler", confie Gérard Fesch. "J'aurais très bien pu en rester là, (...) mais je me rends compte qu'il s'intéresse à mon existence" et qu'il n'était ni "un récidiviste", ni "un voyou". - "Pardon laïc" - Fils de banquier, Jacques Fesch a 24 ans quand il braque un agent de change de la rue Vivienne à Paris, pour s'acheter un voilier. Dans sa fuite, il tire sur un gardien de la paix et le tue. Alors qu'il est emprisonné à la Santé et que le président René Coty refuse de le gracier, Jacques Fesch découvre la foi. Ses lettres de prison et son journal, publiés à titre posthume, ont eu un fort retentissement sur de jeunes lecteurs, poussant Mgr Lustiger à ouvrir une enquête en béatification en 1987, toujours en cours. Pour qu'on retienne "l'autre face, un peu plus lumineuse" de Jacques Fesch, son fils a décidé de "repartir pour un périple judiciaire", après avoir mis plus de dix ans à faire respecter "les dernières volontés" de son père: que soit reconnue cette filiation paternelle. Quelques heures avant de monter à l'échafaud, Jacques Fesch, qui avait eu une fille issue d'une autre union, avait écrit une lettre à son "fils Gérard": "Qu'il sache que s'il n'a pu être mon fils par la loi, il l'est selon la chair et son nom est gravé dans mon coeur". La justice reconnaîtra définitivement ce lien en 2007. L'année suivante, Gérard "retrouve le nom qui est le (sien)", Fesch. Il a également obtenu une reconnaissance en filiation maternelle, après la mort de Thérèse Troniou qu'il a rencontrée une fois, "dix secondes" pendant lesquelles "elle a nié avoir eu un enfant". Pouvoir réhabiliter son père, avec qui il partage la même passion pour la trompette, ce n'est pas "rejuger Jacques Fesch" ni "annuler sa peine", mais "obtenir une sorte de pardon laïc" pour un homme qui "a largement payé sa dette", estime Gérard Fesch. Et apporter une "nouvelle pierre dans le combat contre la peine de mort".
Mardi, ses avocats ont défendu devant le Conseil constitutionnel la possibilité de modifier la loi qui interdit actuellement toute réhabilitation pour les condamnés à mort qui ont été exécutés, contrairement à ceux qui ont été graciés. Les "Sages" rendront leur décision le 28 février.

"Ce que je veux, c'est que l'Histoire ne retienne pas que le guillotiné, mais que tout homme peut se repentir et devenir meilleur", explique Gérard Fesch à l'AFP.

L'expression "pas banale" revient souvent dans la bouche de ce musicien à la retraite âgé de 65 ans quand il conte l'histoire hors du commun de ce père condamné à mort, dont la conversion fulgurante en prison est considérée par l'Eglise catholique comme un modèle de repentance.

Gérard Fesch, un enfant de l'Assistance publique qui a "grandi péniblement" dans différentes familles d'accueil, a 40 ans quand il découvre, fortuitement, qui est son père.

En 1994, une amie musicienne insiste pour qu'il lise un article de L'Express parlant d'un guillotiné que l'Eglise veut béatifier, un homme qui a eu un fils, Gérard, "d'une femme prénommée Thérèse". Un nom "gardé dans un coin de la tête" après l'avoir lu sur son dossier de la Ddass, profitant d'un moment d'absence de la directrice qui l'avait convoqué.

Sa mère, qui n'a pas accouché sous X, l'a abandonné à sa naissance et avait imposé le secret sur ses origines après avoir reçu de l'argent de la famille Fesch.

Gérard, qui s'appelle encore Droniou, fait "les calculs": il est né le 28 octobre 1954, Jacques Fesch a été arrêté huit mois plus tôt, le 25 février. Les dates concordent.

En interrogeant l'auteur d'un livre sur l'affaire Fesch, il apprend que Thérèse a déposé au procès de son ex-amant sous le nom de Troniou, le même qu'il a porté jusqu'à ses dix ans avant qu'il devienne "Droniou" pour faire disparaître toute trace du scandale.

L'enfant abandonné se découvre un père meurtrier, guillotiné. C'est difficile "à assimiler", confie Gérard Fesch. "J'aurais très bien pu en rester là, (...) mais je me rends compte qu'il s'intéresse à mon existence" et qu'il n'était ni "un récidiviste", ni "un voyou".

- "Pardon laïc" -

Fils de banquier, Jacques Fesch a 24 ans quand il braque un agent de change de la rue Vivienne à Paris, pour s'acheter un voilier. Dans sa fuite, il tire sur un gardien de la paix et le tue.

Alors qu'il est emprisonné à la Santé et que le président René Coty refuse de le gracier, Jacques Fesch découvre la foi. Ses lettres de prison et son journal, publiés à titre posthume, ont eu un fort retentissement sur de jeunes lecteurs, poussant Mgr Lustiger à ouvrir une enquête en béatification en 1987, toujours en cours.

Pour qu'on retienne "l'autre face, un peu plus lumineuse" de Jacques Fesch, son fils a décidé de "repartir pour un périple judiciaire", après avoir mis plus de dix ans à faire respecter "les dernières volontés" de son père: que soit reconnue cette filiation paternelle.

Quelques heures avant de monter à l'échafaud, Jacques Fesch, qui avait eu une fille issue d'une autre union, avait écrit une lettre à son "fils Gérard": "Qu'il sache que s'il n'a pu être mon fils par la loi, il l'est selon la chair et son nom est gravé dans mon coeur".

La justice reconnaîtra définitivement ce lien en 2007. L'année suivante, Gérard "retrouve le nom qui est le (sien)", Fesch.

Il a également obtenu une reconnaissance en filiation maternelle, après la mort de Thérèse Troniou qu'il a rencontrée une fois, "dix secondes" pendant lesquelles "elle a nié avoir eu un enfant".

Pouvoir réhabiliter son père, avec qui il partage la même passion pour la trompette, ce n'est pas "rejuger Jacques Fesch" ni "annuler sa peine", mais "obtenir une sorte de pardon laïc" pour un homme qui "a largement payé sa dette", estime Gérard Fesch. Et apporter une "nouvelle pierre dans le combat contre la peine de mort".]]>
https://www.peinedemort.org/document/10816 Tue, 04 Feb 2020 00:00:00 +0000 Agence mondiale d'information - AFP
Réhabilitation des condamnés à mort exécutés: décision du Conseil constitutionnel le 28 février https://www.peinedemort.org/document/10817 Le Conseil constitutionnel, saisi par le fils de Jacques Fesch, guillotiné en 1957, dira le 28 février s'il accepte de modifier la loi qui interdit actuellement toute réhabilitation judiciaire pour les condamnés à mort qui ont été exécutés. Les "Sages" examinaient mardi une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) déposée par Gérard Fesch au soutien de la requête en réhabilitation de son père, que la Cour de cassation avait accepté de leur transmettre. Jacques Fesch avait été condamné à mort le 6 avril 1957 et décapité le 1er octobre de la même année, à l'âge de 27 ans, pour un braquage suivi du meurtre d'un gardien de la paix à Paris. En prison, il avait trouvé la foi et sa conversion fulgurante est considérée par l'Eglise catholique, qui envisage de le béatifier, comme un modèle de repentance. Son fils Gérard, un enfant de l'Assistance publique qui avait découvert tardivement et fortuitement ce lien de filiation, a déposé une requête en réhabilitation judiciaire. Mais la loi rend impossible la réhabilitation d'un condamné à mort qui a été exécuté, à la différence de ceux qui ont été graciés et de tous les autres condamnés à une peine criminelle. Cette différence de traitement est "manifestement contraire à la Constitution", estime l'un des avocats de Gérard Fesch, Me Patrice Spinosi, qui demande au Conseil constitutionnel de rendre "une décision forte", "humaniste". Il propose de "limiter" le droit de ces demandes en réhabilitation "aux héritiers du premier degré ou aux conjoints" des condamnés à mort et dans le cas où il y a eu un comportement exemplaire du condamné entre le prononcé de la condamnation et l'exécution de la peine. Si très peu de personnes sont susceptibles d'engager une procédure en réhabilitation, ce n'est pas pour Me Spinosi "une raison de l'interdire" à Gérard Fesch. "La réhabilitation, c'est plus qu'un droit, c'est une philosophie. C'est l'idée qu'un homme ne peut être résumé à son crime et qu'il peut évidemment s'amender", a plaidé Eric Dupond-Moretti, autre avocat de M. Fesch. Le représentant du Premier ministre a de son côté demandé aux "Sages" de déclarer conformes à la Constitution les dispositions attaquées. "Envisager la possibilité" de réhabiliter un condamné à mort exécuté, "c'est aussi certainement contribuer à agir en faveur de l'abolition universelle de la peine de mort" prônée par Robert Badinter, avait estimé l'avocate générale, lors de l'audience devant la Cour de cassation, le 27 novembre.
Les "Sages" examinaient mardi une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) déposée par Gérard Fesch au soutien de la requête en réhabilitation de son père, que la Cour de cassation avait accepté de leur transmettre.

Jacques Fesch avait été condamné à mort le 6 avril 1957 et décapité le 1er octobre de la même année, à l'âge de 27 ans, pour un braquage suivi du meurtre d'un gardien de la paix à Paris. En prison, il avait trouvé la foi et sa conversion fulgurante est considérée par l'Eglise catholique, qui envisage de le béatifier, comme un modèle de repentance.

Son fils Gérard, un enfant de l'Assistance publique qui avait découvert tardivement et fortuitement ce lien de filiation, a déposé une requête en réhabilitation judiciaire.

Mais la loi rend impossible la réhabilitation d'un condamné à mort qui a été exécuté, à la différence de ceux qui ont été graciés et de tous les autres condamnés à une peine criminelle.

Cette différence de traitement est "manifestement contraire à la Constitution", estime l'un des avocats de Gérard Fesch, Me Patrice Spinosi, qui demande au Conseil constitutionnel de rendre "une décision forte", "humaniste".

Il propose de "limiter" le droit de ces demandes en réhabilitation "aux héritiers du premier degré ou aux conjoints" des condamnés à mort et dans le cas où il y a eu un comportement exemplaire du condamné entre le prononcé de la condamnation et l'exécution de la peine.

Si très peu de personnes sont susceptibles d'engager une procédure en réhabilitation, ce n'est pas pour Me Spinosi "une raison de l'interdire" à Gérard Fesch.

"La réhabilitation, c'est plus qu'un droit, c'est une philosophie. C'est l'idée qu'un homme ne peut être résumé à son crime et qu'il peut évidemment s'amender", a plaidé Eric Dupond-Moretti, autre avocat de M. Fesch.

Le représentant du Premier ministre a de son côté demandé aux "Sages" de déclarer conformes à la Constitution les dispositions attaquées.

"Envisager la possibilité" de réhabiliter un condamné à mort exécuté, "c'est aussi certainement contribuer à agir en faveur de l'abolition universelle de la peine de mort" prônée par Robert Badinter, avait estimé l'avocate générale, lors de l'audience devant la Cour de cassation, le 27 novembre. ]]>
https://www.peinedemort.org/document/10817 Tue, 04 Feb 2020 00:00:00 +0000 Agence mondiale d'information - AFP