La peine de mort dans le monde — Thème Badinter https://www.peinedemort.org/rss/theme?id=97 Thème Badinter : tous les documents concernant la peine de mort. fr Sophie Fotiadi <sophie.fotiadi@peinedemort.org>, 2018 Sat, 20 Jan 2018 10:09:46 +0100 Sun, 03 Dec 2017 16:49:50 +0100 120 Mort de Patrick Henry, détenu 40 ans pour le meurtre d'un enfant https://www.peinedemort.org/document/9652 Patrick Henry, détenu pendant 40 ans pour le meurtre d'un enfant et qui avait obtenu en septembre une suspension de peine pour motif médical, est mort dimanche à 64 ans d'un cancer, a-t-on appris auprès d'une proche et de son avocat. "Il est mort dimanche à 10H30 au CHU de Lille d'un cancer du poumon", a déclaré à l'AFP Martine Veys, une amie qui lui avait trouvé un logement à sa sortie de prison. Condamné en 1977 à la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre du petit Philippe Bertrand, âgé de 7 ans, Patrick Henry avait obtenu le 15 septembre dernier une suspension de peine. Le tribunal de l'application des peines (TAP) de Melun avait notamment suivi l'avis des médecins qui avaient considéré que son état de santé était "durablement incompatible avec la détention". Ses proches "s'étaient réjouis de cette +dernière victoire sur les murs+ et conjuraient avec lui sa brièveté", a dit à l'AFP son avocat Hugo Lévy. Patrick Henry fut aussi un symbole de la lutte contre la peine de mort. Il avait échappé de justesse à la guillotine grâce à l'un de ses avocats, Robert Badinter, qui, devenu ensuite ministre de la Justice, fut à l'origine de l'abolition de la peine capitale en 1981. Mais il avait très vite cassé son image d'ex-détenu modèle: interpellé avec près de 10 kilos de cannabis en Espagne en 2002, il était retourné derrière les barreaux. Il avait ensuite présenté plusieurs demandes de libération conditionnelle, sans succès jusqu'au 15 septembre. "Depuis le 16 septembre, malgré la douleur physique et la lourdeur des soins, il a eu des moments de bonheur comme jamais il en a connu", a confié Martine Veys.
"Il est mort dimanche à 10H30 au CHU de Lille d'un cancer du poumon", a déclaré à l'AFP Martine Veys, une amie qui lui avait trouvé un logement à sa sortie de prison.

Condamné en 1977 à la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre du petit Philippe Bertrand, âgé de 7 ans, Patrick Henry avait obtenu le 15 septembre dernier une suspension de peine.

Le tribunal de l'application des peines (TAP) de Melun avait notamment suivi l'avis des médecins qui avaient considéré que son état de santé était "durablement incompatible avec la détention".

Ses proches "s'étaient réjouis de cette +dernière victoire sur les murs+ et conjuraient avec lui sa brièveté", a dit à l'AFP son avocat Hugo Lévy.

Patrick Henry fut aussi un symbole de la lutte contre la peine de mort. Il avait échappé de justesse à la guillotine grâce à l'un de ses avocats, Robert Badinter, qui, devenu ensuite ministre de la Justice, fut à l'origine de l'abolition de la peine capitale en 1981.

Mais il avait très vite cassé son image d'ex-détenu modèle: interpellé avec près de 10 kilos de cannabis en Espagne en 2002, il était retourné derrière les barreaux.

Il avait ensuite présenté plusieurs demandes de libération conditionnelle, sans succès jusqu'au 15 septembre.

"Depuis le 16 septembre, malgré la douleur physique et la lourdeur des soins, il a eu des moments de bonheur comme jamais il en a connu", a confié Martine Veys.]]>
https://www.peinedemort.org/document/9652 Sun, 03 Dec 2017 00:00:00 +0100 Agence mondiale d'information - AFP
Le procès Henry, l'assaut final contre la peine de mort https://www.peinedemort.org/document/9653 Le procès de Patrick Henry aura marqué l'assaut final contre la peine de mort, mené par son avocat Robert Badinter qui, devenu ministre de la Justice quatre ans après l'avoir arraché à la guillotine, fut à l'origine de l'abolition de la peine capitale en 1981. Le cas Henry était extrême: un jeune enfant tué, une rançon réclamée alors que la victime gît sans vie depuis dix jours sous le lit d'une chambre d'hôtel minable, un ravisseur cynique et sensible aux médias. Paradoxalement, ce tableau sans nuance va jouer en sa faveur. D'une part, la brutale unanimité de la foule pour réclamer la mort, à laquelle s'associent des ministres comme Michel Poniatowski (Intérieur) et Jean Lecanuet (Justice), va engendrer des réactions contraires chez une partie des intellectuels, des journalistes, des responsables politiques et religieux. D'autre part, les avocats d'Henry vont concentrer leurs plaidoiries contre la peine de mort. La pudeur des parents du petit Philippe Bertrand, dont l'avocat était abolitionniste, les y aide. Après son confrère Robert Bocquillon, Me Badinter, un abolitionniste viscéral, prend alors les jurés un par un, les yeux dans les yeux, les enjoint de ne pas "couper vivant un homme en deux". Et les dissuade de délayer leur responsabilité dans l'espoir d'une grâce présidentielle rendue inimaginable par l'exécution controversée, six mois plus tôt, de Christian Ranucci pour le meurtre d'une fillette. Me Badinter met son âme dans sa plaidoirie du 20 janvier 1977, car il a un compte à régler avec la guillotine: il n'a pu l'éviter à Roger Bontemps cinq ans plus tôt, alors que son client n'a été que le complice du meurtre d'un surveillant et d'une infirmière de la centrale de Clairvaux (Aube). Depuis cinq ans, Me Badinter était plongé dans "la recherche obsessionnelle des causes de cet échec". Promise par le candidat François Mitterrand devenu président, l'abolition est un des premiers textes de la gauche soumis au Parlement en 1981, alors que les Français sont encore pour la peine de mort à 62%. Robert Badinter, qui a troqué la robe de l'avocat contre le complet du ministre, prononce devant les députés sa dernière plaidoirie. Le oui l'emporte par 363 voix (dont 11 RPR, parmi lesquels Jacques Chirac, et 20 UDF) contre 117. La loi est promulguée le 10 octobre 1981. Soit 190 ans après une première tentative devant l'Assemblée constituante en 1791 et après treize votes négatifs en deux siècles, malgré des défenseurs comme Victor Hugo, Jean Jaurès, Aristide Briand ou Albert Camus.
Le cas Henry était extrême: un jeune enfant tué, une rançon réclamée alors que la victime gît sans vie depuis dix jours sous le lit d'une chambre d'hôtel minable, un ravisseur cynique et sensible aux médias. Paradoxalement, ce tableau sans nuance va jouer en sa faveur.

D'une part, la brutale unanimité de la foule pour réclamer la mort, à laquelle s'associent des ministres comme Michel Poniatowski (Intérieur) et Jean Lecanuet (Justice), va engendrer des réactions contraires chez une partie des intellectuels, des journalistes, des responsables politiques et religieux.

D'autre part, les avocats d'Henry vont concentrer leurs plaidoiries contre la peine de mort. La pudeur des parents du petit Philippe Bertrand, dont l'avocat était abolitionniste, les y aide.

Après son confrère Robert Bocquillon, Me Badinter, un abolitionniste viscéral, prend alors les jurés un par un, les yeux dans les yeux, les enjoint de ne pas "couper vivant un homme en deux". Et les dissuade de délayer leur responsabilité dans l'espoir d'une grâce présidentielle rendue inimaginable par l'exécution controversée, six mois plus tôt, de Christian Ranucci pour le meurtre d'une fillette.

Me Badinter met son âme dans sa plaidoirie du 20 janvier 1977, car il a un compte à régler avec la guillotine: il n'a pu l'éviter à Roger Bontemps cinq ans plus tôt, alors que son client n'a été que le complice du meurtre d'un surveillant et d'une infirmière de la centrale de Clairvaux (Aube). Depuis cinq ans, Me Badinter était plongé dans "la recherche obsessionnelle des causes de cet échec".

Promise par le candidat François Mitterrand devenu président, l'abolition est un des premiers textes de la gauche soumis au Parlement en 1981, alors que les Français sont encore pour la peine de mort à 62%.

Robert Badinter, qui a troqué la robe de l'avocat contre le complet du ministre, prononce devant les députés sa dernière plaidoirie. Le oui l'emporte par 363 voix (dont 11 RPR, parmi lesquels Jacques Chirac, et 20 UDF) contre 117. La loi est promulguée le 10 octobre 1981.

Soit 190 ans après une première tentative devant l'Assemblée constituante en 1791 et après treize votes négatifs en deux siècles, malgré des défenseurs comme Victor Hugo, Jean Jaurès, Aristide Briand ou Albert Camus.]]>
https://www.peinedemort.org/document/9653 Sun, 03 Dec 2017 00:00:00 +0100 Agence mondiale d'information - AFP
Décès de Thierry Lévy, célèbre avocat pénaliste https://www.peinedemort.org/document/9298 L'avocat Thierry Lévy, ancien président de l'Observatoire international des prisons (OIP), est décédé lundi à Paris à l'âge de 72 ans, a-t-on appris auprès de son cabinet. Pénaliste intransigeant, il est en 1972 commis d'office pour assister Claude Buffet. Avec Roger Bontems, défendu par Robert Badinter, son client est accusé d'avoir assassiné deux otages à la prison de Clairvaux. Les deux hommes sont condamnés à mort et exécutés le 28 novembre 1972. Thierry Lévy racontera au Figaro que ce matin-là, "seuls les suppliciés avaient le visage digne d'êtres humains. Nous autres avions tous des gueules d'assassins". La peine de mort est abolie quelques années plus tard par François Mitterrand, après une bataille acharnée de Robert Badinter. En 1999, il plaide pour des évadés de Clairvaux, dans une autre affaire de "belle" mortelle. Faisant du procès celui des très longues peines de prison, il arrache des condamnations moins lourdes que les réquisitions. Plus tard, il défend aussi Patrick Henry, détenu depuis près de 40 ans pour le meurtre d'un enfant, après avoir symbolisé le combat pour l'abolition de la peine capitale. Thierry Lévy, président de la section française de l'Observatoire international des prisons entre 2000 et 2004, a consacré une partie de sa vie et de ses nombreux écrits à ce qui était, pour lui, le combat d'après: l'abolition de la prison. "La prison est une peine qui n'est pas comprise par ceux qui la subissent, qui ne peut pas l'être. C'est une injustice qui s'ajoute aux injustices déjà accumulées lors de vies qui sont dès l'origine en difficulté", disait-il à l'AFP lors d'un entretien à l'été 2016. Thierry Lévy a aussi assisté, entre autres: l'assassin de René Bousquet - avec un certain Arnaud Montebourg -; le braqueur devenu écrivain Roger Knobelspiess; la juge Eva Joly, en conflit avec l'Ordre des avocats. Ces dernières années, l'avocat au visage émacié s'était trouvé un autre combat désespéré: contester la place toujours plus grande accordée aux victimes dans l'action judiciaire. "L'institution judiciaire s'est trouvée un nouveau maître, plus aveugle, plus menaçant encore que l'État autoritaire. Le plaignant aux mille récriminations, idolâtré, transfiguré en sainte victime", pèse toujours plus lourd face à des prévenus ou accusés souvent condamnés d'avance, écrivait-il dans "Eloge de la barbarie judiciaire" (2004).
Pénaliste intransigeant, il est en 1972 commis d'office pour assister Claude Buffet. Avec Roger Bontems, défendu par Robert Badinter, son client est accusé d'avoir assassiné deux otages à la prison de Clairvaux.

Les deux hommes sont condamnés à mort et exécutés le 28 novembre 1972. Thierry Lévy racontera au Figaro que ce matin-là, "seuls les suppliciés avaient le visage digne d'êtres humains. Nous autres avions tous des gueules d'assassins".

La peine de mort est abolie quelques années plus tard par François Mitterrand, après une bataille acharnée de Robert Badinter.

En 1999, il plaide pour des évadés de Clairvaux, dans une autre affaire de "belle" mortelle. Faisant du procès celui des très longues peines de prison, il arrache des condamnations moins lourdes que les réquisitions.

Plus tard, il défend aussi Patrick Henry, détenu depuis près de 40 ans pour le meurtre d'un enfant, après avoir symbolisé le combat pour l'abolition de la peine capitale.

Thierry Lévy, président de la section française de l'Observatoire international des prisons entre 2000 et 2004, a consacré une partie de sa vie et de ses nombreux écrits à ce qui était, pour lui, le combat d'après: l'abolition de la prison.

"La prison est une peine qui n'est pas comprise par ceux qui la subissent, qui ne peut pas l'être. C'est une injustice qui s'ajoute aux injustices déjà accumulées lors de vies qui sont dès l'origine en difficulté", disait-il à l'AFP lors d'un entretien à l'été 2016.

Thierry Lévy a aussi assisté, entre autres: l'assassin de René Bousquet - avec un certain Arnaud Montebourg -; le braqueur devenu écrivain Roger Knobelspiess; la juge Eva Joly, en conflit avec l'Ordre des avocats.

Ces dernières années, l'avocat au visage émacié s'était trouvé un autre combat désespéré: contester la place toujours plus grande accordée aux victimes dans l'action judiciaire.

"L'institution judiciaire s'est trouvée un nouveau maître, plus aveugle, plus menaçant encore que l'État autoritaire. Le plaignant aux mille récriminations, idolâtré, transfiguré en sainte victime", pèse toujours plus lourd face à des prévenus ou accusés souvent condamnés d'avance, écrivait-il dans "Eloge de la barbarie judiciaire" (2004).]]>
https://www.peinedemort.org/document/9298 Mon, 30 Jan 2017 00:00:00 +0100 Agence mondiale d'information - AFP