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Les jeunes Européens n'apprennent pas suffisamment pourquoi la peine de mort a été abolie

communiqué de presse du 15 juin 2026 - Conseil de l'Europe
UNE NOUVELLE ÉTUDE DU CONSEIL DE L'EUROPE RÉVÈLE QUE LES PROGRAMMES ET LES MANUELS D'HISTOIRE METTENT L'ACCENT SUR LES EXÉCUTIONS – ET QUE LES ENSEIGNANTS SOUHAITENT BÉNÉFICIER D'UN SOUTIEN ACCRU

L'Europe connaît aujourd'hui un regain des discours favorables à la peine de mort, remettant en cause des valeurs européennes fondamentales telles que la dignité humaine et le droit à la vie. Une nouvelle étude examine si les systèmes éducatifs pourraient fournir une base plus solide pour soutenir l'abolition. Cette étude montre que, si les exemples de recours à la peine capitale sont largement enseignés, les raisons ayant conduit à son abolition demeurent souvent absentes des programmes.

L'étude, réalisée par l'Observatoire de l'enseignement de l'histoire en Europe (OHTE) du Conseil de l'Europe conjointement avec le Leibniz Institute for Educational Media | Georg Eckert Institute, constitue la première analyse consacrée à la manière dont l'histoire de l'abolition de la peine de mort est enseignée à travers l'Europe. Menée dans dix-neuf pays, l'étude s'appuie également sur une expertise contextuelle et juridique apportée par le Coordinateur du Conseil de l'Europe pour l'abolition de la peine de mort et par le Réseau académique international pour l'abolition de la peine capitale (REPECAP).

« L'abolition universelle doit rester notre objectif » – Alain Berset

« Les conclusions de cette étude constituent un appel à l'action pour renforcer les stratégies abolitionnistes et approfondir la sensibilisation des jeunes à cet enjeu fondamental en matière de droits humains. Personne, où que ce soit dans le monde, ne peut se permettre de voir ces droits se fragiliser. L'abolition universelle doit rester notre objectif. Partout où elle subsiste, la peine de mort porte atteinte à notre propre humanité et ébranle les fondements de nos démocraties », souligne Alain Berset, Secrétaire Général du Conseil de l'Europe, dans la préface de l'étude. « La lutte pour l'abolition de la peine capitale ne peut souffrir d'aucun relâchement. Et à ce titre, l'éducation des jeunes est essentielle. »

L'étude révèle que, dans les 19 pays européens examinés, si les programmes d'histoire et les manuels scolaires évoquent régulièrement des exemples d'application de la peine de mort – du Code babylonien d'Hammourabi aux procès de Moscou en Union soviétique –, ils expliquent rarement pourquoi la peine de mort a été abolie, quels étaient les arguments philosophiques portés par les mouvements abolitionnistes ou encore quel était le rôle joué par les institutions internationales dans cette évolution.

L'étude montre également que les enseignants abordent souvent la question de leur propre initiative et souhaiteraient disposer de davantage de repères et de ressources pédagogiques, notamment concernant l'abolition de la peine de mort dans une perspective mondiale.

Pourquoi la question de l'abolition de la peine est toujours d'actualité ?

Comme le soulignent, dans le préambule de l'étude, les professeurs Luis Arroyo Zapatero et William Schabas, membres du REPECAP : « Aujourd'hui, de nombreux jeunes, dans diverses régions du globe et particulièrement en Europe, sont nés et ont grandi dans un monde où la peine de mort est une relique de l'histoire. […] L'étude de l'évolution historique de la peine de mort et de son abolition est riche en enseignements précieux, notamment concernant la reconnaissance des progrès réalisés en matière de droits humains et de libertés en général. »

Le nombre de pays appliquant encore la peine de mort dans le monde continue de diminuer. Pourtant, le nombre d'exécutions augmente dans les États qui la maintiennent, tandis que les discours favorables à la peine capitale connaissent un certain regain, y compris en Europe. Aucune exécution n'a eu lieu dans les 46 États membres du Conseil de l'Europe depuis 1997 – une avancée que les jeunes générations peuvent considérer comme acquise. Un enseignant ayant participé à l'étude a d'ailleurs souligné l'importance de rappeler, même dans le cadre d'un enseignement historique, que la peine de mort existe toujours aujourd'hui en droit et en pratique, notamment aux États-Unis et en Chine.

En mai 2023, constatant la résurgence de discours favorables à la peine de mort en Europe, les dirigeants du Conseil de l'Europe réunis lors du Sommet de Reykjavik ont décidé de donner un nouvel élan aux travaux de l'Organisation en faveur de l'abolition de la peine capitale. Cette initiative poursuit un double objectif : lutter contre toute réintroduction de la peine de mort et contribuer davantage à son abolition universelle, en tout lieu et en toutes circonstances. Les jeunes occupent une place centrale dans les projets lancés depuis lors, notamment à travers la création d'un nouveau réseau de jeunes ambassadeurs contre la peine de mort. La présente étude constitue une composante essentielle de ces efforts.

Les 6 principales conclusions

1. Les programmes scolaires de tous les États membres de l'OHTE proposent un large éventail de thèmes pouvant inclure le traitement de la peine de mort et les mouvements en faveur de son abolition. Les programmes scolaires de la France, de l'Irlande et de Malte mentionnent explicitement le thème de la peine de mort et des cas historiques d'exécution.

2. Les manuels scolaires de tous les États membres de l'OHTE incluent des thèmes qui font directement référence à la peine de mort ou offrent la possibilité d'aborder cette question. Les exemples les plus fréquemment cités sont : le Code de Hammurabi, le procès et l'exécution de Louis XVI, et les procès de Moscou sous le régime stalinien.

3. Les manuels scolaires présentent souvent la peine de mort sous son angle politique. De nombreux manuels soulignent que ce châtiment était souvent utilisé par les pouvoirs politiques comme moyen de réprimer leurs opposants.

4. De nombreux manuels soulignent que la peine de mort était souvent utilisée de manière discriminatoire en fonction de la classe sociale, du sexe ou de l'appartenance à des communautés autochtones.

5. Si les manuels scolaires présentent largement des exemples d'application de la peine de mort, les arguments en faveur de son abolition sont rarement abordés. Lorsque les manuels scolaires présentent des mouvements en faveur de l'abolition de la peine de mort, ils les inscrivent dans un contexte sociétal plus large de lutte contre les régimes autoritaires et de promotion de la démocratisation de la société.

6. La majorité des enseignants qui ont donné leur avis sur leur expérience de ce sujet enseignent la peine de mort de leur propre initiative. Ils ont indiqué qu'ils apprécieraient disposer de matériel supplémentaire, en particulier sur l'abolition de la peine de mort dans une perspective mondiale. Ils ont également souligné que ce sujet pouvait contribuer à une éducation interdisciplinaire aux droits humains en établissant un lien entre l'histoire, la philosophie, l'éducation civique et l'éducation morale ou religieuse.



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L'Observatoire de l'enseignement de l'histoire en Europe (OHTE) est un accord partiel élargi du Conseil de l'Europe*, créé en 2020. Il promeut un enseignement de qualité de l'histoire comme fondement d'une culture démocratique. Si l'OHTE publie régulièrement des rapports généraux et thématiques sur l'état de l'enseignement de l'histoire, il s'agit ici de sa première étude ad hoc, réalisée en coopération avec le Coordinateur pour l'abolition de la peine de mort du Conseil de l'Europe.

* États membres de l'Observatoire (19) : Albanie, Andorre, Arménie, Chypre, Espagne, France, Géorgie, Grèce, Irlande, Luxembourg, Macédoine du Nord, Malte, Monténégro, Portugal, République slovaque, Serbie, Slovénie, Türkiye et Ukraine. État observateur (1) : République de Moldova.
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