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Etat d'alerte dans les prisons philippines pour l'exécution de Léo Echegaray

dépêche de presse du 4 février 1999 - Agence mondiale d'information - AFP
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MANILLE - Toutes les prisons des Philippines se prémunissent contre de possibles émeutes ou évasions lors de l'exécution vendredi à Manille de Léo Echegaray, le premier condamné à mort qui subira la peine capitale dans le pays depuis 23 ans.

"Toutes les possiblités de troubles et de désordres ont été prises en compte", a déclaré jeudi à la presse Themistocles Jamisolamin, directeur du Bureau des prisons, indiquant que les gardiens avaient été placés sur l'ensemble du pays en état d' "alerte bleue", la plus haute avant l'alerte maximale.

Autour des bâtiments blancs de deux étages de la prison de Muntinlupa dans la banlieue sud de Manille, dominés par deux tours de surveillance, des rouleaux de fil de fer barbelé ont été disposés depuis mercredi pour interdire l'accès à tous manifestants ou curieux qui pourraient troubler le bon déroulement du transfert vendredi à l'aube de Léo Echagaray vers la chambre où il recevra les perfusions de trois poisons mortels.

Themistocles Jamisolamin a indiqué que les règlements n'interdisaient nullement aux autres détenus, tenus au courant des préparatifs de l'exécution par la radio et la télévision, de se livrer à des "manifestations pacifiques". Il a indiqué que jusqu'à présent rien d'"anormal" n'avait été signalé.

Amnesty International a adressé jeudi au président Estrada, qui a déjà fait savoir qu'il ne céderait à aucune pression pour grâcier le condamné, même venant du Pape lui-même, une demande de commutation de peine.

Au moment où il recevait cette nouvelle requête Joseph Estrada, qui s'est déjà montré insensible à des demandes du Canada, du Vatican et de l'Union Européenne, a ordonné que la ligne rouge qui reliait son bureau de Malacanang à la chambre d'exécution soit déconnectée.

"J'ai fait couper la ligne. Personne ne doit s'attendre à un appel de moi demain", a commenté Estrada devant des membres de la presse.

Echegaray, reconnu coupable du viol répété de sa fille âgée de 11 ans en 1994, doit être exécuté à 15H00 locales (07H00 GMT). Il sera le 101ème condamné à mort a subir la peine capitale aux Philippines depuis 1924 mais le premier depuis 23 ans.

La peine de mort avait été abolie en 1987, après la chute du régime dictatorial de Ferdinand Marcos, puis reinstaurée en 1994 mais jamais appliquée depuis.

La chaise électrique utilisée auparavant s'étant révélée hors d'usage lors du rétablissement de la peine de mort, la législation a été modifiée pour autoriser la mort par injection. C'est la première fois que la chambre spéciale aménagée à cet effet sera utilisée vendredi.

914 autres condamnés à mort, dont 8 cette année, attendent aussi leur exécution dans cette même chambre.

Dans sa lettre au président Estrada Amnesty International estime que l'exécution de Léo Echegaray reviendra à "lancer un tapis roulant" vers la chambre d'exécution pour tous les autres condamnés à mort.

L'organisation humanitaire basée à Londres rappelle que les Philippines avaient "jusqu'à présent été un modèle de protection des droits de l'Homme en Asie et pour le monde entier", et elle souligne que l'exécution de Léo Echegaray contribuera à "enfoncer encore davantage une culture de violence dans la société".

La peine de mort, poursuit Amnesty International, "est appliquée d'une manière arbitraire et sélective qui affecte principalement les démunis, ceux qui manquent d'éducation et ceux qui ne peuvent se payer une défense légale compétente...et il existe toujours le risque d'erreurs judiciaires conduisant au meurtre légal de l'innocent".

Tout en "demandant pardon pour la faute dont on l'accuse", Léo Echegaray, un décorateur âgé de 38 ans, a toujours clamé son innocence
(Par René FLIPO)
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Données techniques

ID715
Type de document (code)depeche
TitreEtat d'alerte dans les prisons philippines pour l'exécution de Léo Echegaray
Description(non défini)
Référence(non défini)
Date de publication4 février 1999
Date d'entrée en vigueur(non défini)
Zone de publication officielle(non défini)
Documents parents
OrganisationsAgence mondiale d'information - AFP (auteur)
Condamnés
Mots-clefsreprise d'exécution
ZonegéosPhilippines