« J'ai commis une erreur », souffle un Iranien, visage flouté et voix tremblante, questionné sur la mort de membres des services de sécurité, dans l'un des nombreux interrogatoires retransmis à la télévision d'Etat iranienne. « Si j'avais su, je ne l'aurais pas fait », avoue-t-il encore face à un enquêteur invisible, le tout sur fond de musique dramatique.
Au moins 240 prétendus « aveux » de ce type ont été diffusés au cours des dernières semaines par la télévision d'Etat, soit un nombre « sans précédent » après le mouvement de contestation qui a secoué l'Iran au début du mois avant d'être réprimé dans le sang, dénombre une ONG basée aux Etats-Unis, Human Rights Activists News Agency (HRANA).
Les détenus sont filmés en train de « confesser » toutes sortes de délits présumés: violences contre des membres des forces de sécurité, acceptation d'argent provenant de monarchistes ou d'ennemis de l'Iran tels qu'Israël, ou encore partage d'images avec des groupes ou des médias interdits.
Certains sont accusés d'avoir simplement suivi sur les réseaux sociaux les comptes d'opposants à la République islamique.
Torture
Des organisations des droits humains jugent que de tels aveux sont arrachés sous la torture psychologique ou physique, notant qu'il s'agit d'une tactique couramment employée dans le passé contre des détenus parfois exécutés.
Amnesty International parle de « vidéos de propagande » et affirme avoir été informée que « les autorités forcent les détenus à signer des déclarations qu'ils n'ont pas été autorisés à lire et à +avouer+ des crimes qu'ils n'ont pas commis, ainsi que pour des actes pacifiques de dissidence ».
Ces « faux aveux » visent à « renforcer le discours de l'État selon lequel les manifestants sont de dangereux criminels », analyse Mai Sato, rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits humains en Iran. Le redoutable chef du pouvoir judiciaire iranien, Gholamhossein Mohseni Ejeï, avait interrogé personnellement des détenus au début du mois lors de séquences à la télévision.
Dissuasion
« Les aveux télévisés obtenus sous la contrainte dans les régimes totalitaires tels que l'Iran ont plusieurs fonctions clés, notamment celle de fabriquer une légitimité politique, de créer un discours officiel mensonger par exemple en présentant des manifestants pacifiques comme des agents violents sous influence étrangère, et de dissuader la dissidence », résume auprès de l'AFP Roya Boroumand, directrice du Centre Abdorrahman Boroumand pour les droits de l'homme en Iran, basé aux Etats-Unis.
Déclenchée le 28 décembre, la mobilisation a pris une ampleur majeure le 8 janvier, défiant ouvertement la République islamique, avant d'être violemment réprimée. Une coupure nationale d'internet a permis selon des organisations des droits humains de masquer la répression. L'ONG HRANA a néanmoins confirmé la mort de près de 6.000 personnes et enquête sur des milliers d'autres cas en Iran. Elle fait aussi état d'au moins 41.283 arrestations.
Humiliation
« Les faux aveux sont régulièrement utilisés comme unique preuve pour condamner, y compris dans des affaires où la peine capitale peut être prononcée », déplore le Centre pour les droits de l'homme en Iran (CHRI), basé aux États-Unis. La pratique vise également « à humilier et à détruire la crédibilité des opposants tout en rappelant au grand public le coût élevé de la contestation de l'État », souligne Roya Boroumand.
Le sort d'un jeune Iranien de 18 ans, présenté sous le nom de Shervin Bagherian, a été très commenté sur les réseaux sociaux. On le voit interrogé sur le meurtre d'un membre des forces de sécurité, puis informé qu'il encourt la peine capitale. Un autre homme avoue lors d'un interrogatoire avoir envoyé des images des manifestations au président américain Donald Trump en personne. De telles retransmissions ne sont pas nouvelles en Iran.
L'ancien opposant Ruhollah Zam - vivant à Paris mais enlevé selon ses partisans en Irak - avait été soumis à un interrogatoire à la télévision iranienne avant d'être exécuté fin 2020.
Des aveux de la Française Cécile Kohler ont été télévisés en octobre 2022 avant qu'elle ne soit condamnée pour espionnage, accusation rejetée avec véhémence par sa famille. Elle et son compatriote Jacques Paris ont été libérés fin 2025, mais ne peuvent toujours pas quitter l'Iran.