Une douzaine d'experts de l'ONU ont dénoncé mercredi la proposition de loi israélienne visant à instaurer « la peine de mort pour les terroristes », un projet adopté en première lecture par le Parlement israélien en novembre. Selon un communiqué des experts, cette loi « violerait le droit à la vie et discriminerait les Palestiniens ».
La peine de mort n'a été appliquée qu'une fois par la justice civile en Israël, à l'encontre du criminel de guerre nazi Adolf Eichmann, en 1962. Le projet propose que « quiconque cause intentionnellement ou par indifférence la mort d'un citoyen israélien pour des motifs de racisme ou d'hostilité envers une communauté, et dans le but de nuire à l'Etat d'Israël et à la renaissance du peuple juif dans son pays, sera passible de la peine de mort ». Avec une telle formulation, la peine de mort pourrait s'appliquer à un Palestinien qui tuerait un Israélien, mais en aucun cas à un Israélien qui tuerait un Palestinien.
« Les peines de mort obligatoires sont contraires au droit à la vie », ont indiqué les experts, qui sont mandatés par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU mais qui ne s'expriment pas au nom de l'organisation. Par ailleurs, « en supprimant le pouvoir discrétionnaire des juges et des procureurs, elles empêchent les tribunaux de prendre en considération les circonstances individuelles, y compris les circonstances atténuantes, et d'imposer une peine proportionnée au crime », ont-ils relevé.
Selon les experts, le projet de loi instaurerait deux mécanismes pour la peine de mort : en Cisjordanie occupée, la peine capitale serait prononcée par des tribunaux militaires, tandis qu'en Israël et à Jérusalem-Est, elle s'appliquerait selon le droit pénal israélien et uniquement lorsqu'il y a intentionnalité du crime. Des votes en deuxième et en troisième lectures sont encore nécessaires pour que le texte puisse devenir loi. Selon ces experts, qui sont des rapporteurs spéciaux de l'ONU et des membres du groupe de travail de l'ONU sur les disparitions forcées ou involontaires, le projet de loi permet que la peine de mort soit prononcée à la majorité simple de juges militaires et interdit toute grâce ou commutation de peine, « ce qui viole explicitement le droit à la vie ».
Le Hamas avait qualifié le 3 novembre la proposition de loi de « violation flagrante du droit international », appelant « les Nations unies, la communauté internationale et les organisations pertinentes de défense des droits de l'Homme et humanitaires à prendre des mesures immédiates pour arrêter ce crime brutal ». L'Autorité palestinienne avait elle dénoncé « une étape dangereuse visant à poursuivre le génocide et le nettoyage ethnique sous le couvert de la légitimité ».