La mise à mort ratée d'une femme, puis la polémique sur la diffusion en direct d'un peloton d'exécution militaire ont spectaculairement ravivé le débat sur la peine capitale aux États-Unis, explique Robin Maher, directrice du Death Penalty Information Center, dans un entretien à l'AFP.
Face à l'indignation soulevée par cette idée, le président républicain Donald Trump, ardent partisan de la peine de mort, a annoncé la semaine dernière qu'il renonçait à la diffusion en direct de l'exécution par l'armée, prévue le 3 décembre, de l'auteur d'un attentat meurtrier contre des soldats américains, Nidal Hasan, 56 ans.
Quelques jours auparavant, Christa Pike, une femme de 50 ans qui a survécu à deux injections létales dans le Tennessee (sud), était retournée en prison.
"Il est très difficile de comprendre comment cela a pu arriver aux États-Unis, et plus encore d'imaginer que cette femme puisse subir une deuxième tentative d'exécution", déclare à l'AFP Robin Maher, directrice de l'observatoire spécialisé Death Penalty Information Center (DPI), qualifiant sa survie de "miraculeuse".
Quant à la diffusion en direct de l'exécution de Nidal Hasan, "mon intuition était que cela ne passerait pas bien auprès de l'opinion américaine et que les gens se détourneraient d'un tel spectacle", confie-t-elle.
Ces deux cas extrêmes ont relancé la controverse sur les différents modes de mise à mort, parfois au détriment d'un débat plus fondamental sur la légitimité de la peine capitale et de son application disproportionnée à des populations déjà défavorisées, déplore Robin Maher.
"Savoir si nous devrions utiliser la peine de mort et quelles sont les personnes exécutées sont des questions dont la population américaine devrait se préoccuper de manière plus significative que celle de déterminer comment nous allons tuer les gens", estime-t-elle.
- "Enorme décalage" -
"En tout cas, ce dont nous n'avons pas besoin, c'est d'explorer de nouvelles méthodes", étant donné que toutes sont faillibles, rappelle la directrice du DPI, dénonçant l'opacité de l'ensemble du processus, de la provenance des produits utilisés à la qualification du personnel chargé de l'exécution.
"Tant qu'il y aura des êtres humains agissant dans le secret, il y aura des erreurs, comme nous l'avons constaté pour toutes, du peloton d'exécution à la pendaison, en passant par l'injection létale et l'inhalation d'azote", énumère-t-elle.
"Il y a un énorme décalage entre ce que font les élus dans les États et ce que veut la population américaine. Nous avons des élus qui fixent des dates d'exécution qui sont en fait un indicateur de ce qui se passait il y a 30 ans", remarque Robin Maher, citant l'exemple de Christa Pike, condamnée à mort en 1996.
"À l'époque, nous avions plus de 300 nouvelles condamnations à mort chaque année. L'an dernier il n'y en a eu que 23", souligne-t-elle. "À un certain moment, il faudra que l'opinion publique rattrape les responsables élus".
Car la population américaine en général réprouve de plus en plus la peine capitale, en particulier la jeunesse, au regard notamment des plus de 200 condamnés innocentés après de longues années dans le couloir de la mort, explique la directrice du DPI.
"Le racisme, l'injustice de tant de procès, de tant d'appels, ont eu un véritable écho dans l'opinion américaine", sapant les fondements du soutien public à la peine de mort, poursuit-elle.
"Il reste simplement l'idée qu'il s'agit d'une vengeance. Et pour certains Américains, c'est suffisant. Mais pour beaucoup d'autres, cela ne l'est pas".