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Hommage de la Suisse à Maurice Bavaud, un étudiant neuchâtelois qui tenta de tuer Adolf Hitler en 1938

dépêche de presse du 7 novembre 2008 - Associated Press - AP
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La Suisse a reconnu vendredi ses manquements envers Maurice Bavaud, un étudiant neuchâtelois de 25 ans décapité à Berlin en 1941 pour avoir tenté d'assassiner Adolf Hitler en 1938. Le président de la Confédération helvétique Pascal Couchepin a rendu hommage à Maurice Bavaud, regrettant que les autorités suisses de l'époque ne soient pas intervenues pour le sauver.

"Il y a 70 ans, le 9 novembre 1938, peu avant le début de la Nuit de cristal, le Suisse Maurice Bavaud tentait d'assassiner Adolf Hitler à Munich, devant la Feldherrenhalle, lors d'une marche commémorative du Parti nazi. Il était arrêté une semaine plus tard, interrogé par la Gestapo puis incarcéré à Augsbourg. Condamné à mort par le Tribunal du peuple le 18 décembre 1938, il fut décapité à la prison de Berlin-Plötzensee le 14 mai 1941", rappelle M. Couchepin dans un texte publié vendredi.

"Avec le recul, on peut dire aujourd'hui que les autorités suisses de l'époque, qui avaient renoncé à intervenir auprès des autorités allemandes, ne se sont pas suffisamment engagées en faveur du condamné", ajoute-t-il.

M. Couchepin a rappelé que Maurice Bavaud avait motivé son acte par le fait qu'Hitler était un danger pour l'humanité, pour l'indépendance de la Suisse et pour les Eglises chrétiennes d'Allemagne. "Il avait pressenti les effets funestes qu'Adolf Hitler allait avoir sur le monde. A cet égard, il mérite notre reconnaissance et une place dans nos mémoires", a souligné le président suisse.

C'est en octobre 1938 que Maurice Bavaud s'était rendu en Allemagne pour suivre et observer les déplacements d'Hitler. Il prend alors la décision de l'abattre le 9 novembre, à Munich, lors d'un défilé nazi. Armé d'un pistolet, Bavaud ne parvient toutefois pas à tirer car il est trop éloigné d'Hitler. Il abandonne peu après son projet et part pour Paris. Mais, faute de billet, il est arrêté par la Gestapo, qui le trouve en possession de son arme.

La diplomatie suisse de l'époque n'est pas intervenue pour sauver Maurice Bavaud. Hans Fröhlicher, ambassadeur suisse à Berlin, a même condamné publiquement sa tentative.

L'affaire est restée longtemps dans l'oubli et il fallu attendre les années 80 pour qu'elle revienne à la surface. En 1980, la publication par l'écrivain alémanique Niklaus Meienberg du livre "Maurice Bavaud a voulu tuer Hitler" jette une lumière crue sur les relations de la Suisse avec le nazisme.

Le Conseil fédéral, en 1989 et 1998, admettra d'ailleurs que les autorités de l'époque n'ont pas fait assez pour sauver Bavaud. Publiée pour le 60ème anniversaire de sa mort par le "Comité Bavaud", un livre soulignera une nouvelle fois la passivité des autorités suisses et, notamment, le fait que le Ministère public de la Confédération a collaboré avec la Gestapo pour tenter de trouver d'éventuels complices de Bavaud.

En 1998, la Ville de Neuchâtel (ouest) a rendu hommage à Bavaud en faisant apposer une plaque commémorative sur son ancienne demeure, 5, rue du Trésor, dans la vieille ville. Au printemps 2008, une exposition a eu lieu à l'Hôtel de Ville. La déclaration du Président de la Confédération faite vendredi avait été réclamée dans une motion par le conseiller national Paul Rechsteiner (PS, Saint-Gall dans le nord-est de la Suisse).
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