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RD Congo: deux Norvégiens condamnés à mort pour meurtre

dépêche de presse du 8 septembre 2009 - Agence mondiale d'information - AFP
KINSHASA — Deux Norvégiens accusés du meurtre d'un Congolais et d'espionnage ont été condamnés à mort par un tribunal militaire, qui a aussi astreint la Norvège à payer une amende de 60 millions de dollars, une décision dénoncée mardi par Oslo, qui a nié tout espionnage à son profit.

Tjostolv Moland, 28 ans et Joshua French, 27 ans, deux ex-militaires "ont été condamnés à la peine capitale" pour avoir tué le 5 mai le chauffeur d'un véhicule 4x4 qu'ils avaient loué à Kisangani, capitale de la Province orientale, a déclaré à l'AFP Me Guillaume Likwela, l'un des avocats des accusés, joint au téléphone.

Le tribunal les a aussi condamné pour détention illégale d'arme de guerre, vol à main armée et association de malfaiteurs. L'un d'eux est également poursuivi pour tentative d'assassinat sur deux autres personnes, et l'autre pour complicité.

"L'Etat norvégien devra payer à la RDC 60 millions de dollars à raison d'un dollar pour chaque Congolais", a précisé à l'AFP le représentant du ministère public, le lieutenant-colonel Roger Wabara.

Plusieurs parties civiles, comme la famille et les proches de la victime, l'association des chauffeurs ou le propriétaire de la voiture devront être indemnisés à hauteur de 500.000 dollars, selon le verdict du tribunal.

A Oslo, le chef de la diplomatie norvégienne, Jonas Gahr Stoere, a immédiatement dénoncé cette décision et rejeté toute activité d'espionnage au service de la Norvège par les condamnés, qui ont tous deux servi dans l'armée norvégienne.

"Je dénonce la condamnation à mort de deux citoyens norvégiens", a réagi le ministre dans un communiqué. "La Norvège est par principe opposée à la peine capitale".

"Nous contestons la condamnation pour espionnage au profit de la Norvège. Nous contestons aussi la décision du tribunal de tenir l'Etat norvégien pour solidairement responsable des réparations. La Norvège n'est pas partie prenante dans cette affaire", a affirmé M. Stoere.

Il a précisé qu'il contacterait son homologue congolais mardi pour faire connaître le point de vue norvégien.

Pour sa part, l'avocat des accusés a souligné l'absence de toute "preuve irréfutable".

"C'est une décision de justice, mais une décision dont l'argumentaire ne repose pas sur des preuves irréfutables, sauf les déclarations de la partie civile", a déploré Me Likwela, regrettant que le procès ait eu lieu sans interprète, dans une langue, le français, que ne parlent pas ses clients.

Les deux condamnés, qui ont toujours plaidé non coupable, ont déclaré avoir été attaqués par des bandits, alors qu'ils étaient en repérage pour faire venir des touristes dans la région.

Les deux Norvégiens ont cinq jours pour faire appel.

Le lieutenant-colonel Roger Wabara, qui a requis les peines, a de son côté indiqué que "les condamnés sont des gens qui ont refusé de parler depuis le début du procès, respectant les consignes de leurs avocats".

Joshua French avait été arrêté le 9 mai dans la réserve d'Epulu, à environ 200 km de Kisangani. Tjostolv Moland avait été arrêté deux jours plus tard dans le district de l'Ituri, à quelque 500 km de Kisangani. Ce dernier avait créé une société de sécurité basée à Kampala, en Ouganda, et où travaillait également Joshua French.

La peine de mort, si elle peut encore être requise, n'est toutefois plus appliquée et est commuée en prison à perpétuité en RD Congo, où les tribunaux militaires sont compétents pour les affaires avec usage d'armes à feu.
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