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L'abolition de la peine de mort en Afrique |
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les pays abolitionnistes
Afrique du Sud | Angola |
Cap Vert | Côte d'Ivoire
| Djibouti | Guinée
Bissau | Maurice | Mozambique
| Namibie | Sao Tomé &
Principe | Seychelles
les pays qui peuvent être classés dans la catégorie "abolitionnistes
de facto"
Burkina Faso | Centrafrique | Congo
| Gambie | Madagascar | Mali
| Niger | Sénégal
| Togo

En Gambie l'opposition à la peine de mort de l'ancien
président Daouda Kairaba Jawara a eu temporairement raison de ce
châtiment. Une seule exécution a eu lieu, en 1981, sous son
mandat présidentiel qui a débuté en 1970, malgré
l'extension du champ d'application de la peine capitale en 1986. En avril
1993, le parlement a finalement adopté à une majorité
écrasante un projet de loi, émanant du président,
qui abolit la peine de mort.
A l'issue d'un coup d'Etat militaire, le Conseil provisoire des forces
armées est arrivé au pouvoir en juillet 1994. Ces autorités
ont rétabli la peine de mort, par décret, le 12 août
1995.
L'inscription dans la constitution de l'abolition de la peine de mort apporte
une meilleure protection vis-à-vis des changements de majorité,
d'autant plus lorsqu'elle est effectuée suite à l'approbation
populaire, comme en Côte d'Ivoire et à Sao Tomé &
Principe. L'abolition législative semble plus aléatoire, comme
le montre le cas gambien, mais seule l'île Maurice est dans ce cas de
figure : les autre pays abolitionnistes pour tous les crimes du continent
africain ont inscrit cette abolition dans leur constitution.
L'adhésion à un traité international réprimant
l'usage de la peine de mort permet d'assurer une meilleure assise à
la disposition abolitionniste. En Afrique, seuls six pays (l'Afrique du Sud,
le Cap Vert, Djibouti, le Mozambique, la Namibie et les Seychelles) sont partie
au Deuxième
protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits
civils et politiques, visant à abolir la peine de mort.
Cependant, même sans disposition législative ou constitutionnelle ni adhésion à un instrument international, l'exemple du Cap Vert et de Sao Tomé & Principe montre qu'une abolition en pratique peut perdurer de manière tout aussi efficace. L'abolition de fait de la peine de mort n'est pas négligeable, même si elle donne plus facilement lieu à des retournements de situation.
L'abolition en droit peut être totale, dans les pays où la législation ne prévoit plus la peine de mort pour aucun crime, ou ne concerner que les crimes de droit commun (il n'y a pour l'instant plus de pays "abolitionnistes pour les crimes de droit commun" en Afrique).
Les pays qui deviennent abolitionnistes de droit pour tous les crimes
Avant de modifier leur constitution pour y intégrer le principe
de l'interdiction de la peine de mort, le Cap Vert et Sao Tomé &
Principe avaient déjà acquis un statut de pays abolitionniste
de facto. Par contre en Namibie, au Mozambique, en Angola, en Guinée
Bissau et à Maurice, la dernière exécution était relativement récente.
De l'abolition de facto à l'abolition en droit
A Sao Tomé & Principe, une nouvelle
constitution est entrée en vigueur le 20 septembre 1990, suite à
l'approbation de l'Assemblée nationale populaire, puis du peuple lors
d'un référendum. Son article 21 qui traite du droit à
la vie précise que "la peine de mort n'existera en aucun cas".
Ce pays est abolitionniste de fait depuis la suppression de la peine de mort
pour presque toutes les infractions en 1869 par le Portugal. La constitution
de 1975 ne faisait aucune allusion à la peine de mort, mais une loi
de juillet 1979 prévoyait la peine capitale pour le crime de "mercenarisme".
Cette loi, adoptée suite à une tentative de coup d'Etat n'a
cependant jamais été utilisée.
La peine de mort est maintenue dans le code pénal
de Djibouti suite à son accession à l'indépendance,
en 1977, mais aucune exécution n'a eu lieu depuis. Il y a eu une
condamnation à mort, prononcée en 1991 par la cour d'assises
et confirmée l'année suivante par la Cour suprême, mais
elle a finalement été commuée par le chef de l'Etat.
Au Mozambique, la constitution de 1975
ne prévoyait pas la peine de mort, mais cette dernière a
été introduite en 1979, puis son champ d'application élargi
en 1983. Lors de l'élaboration de la nouvelle constitution mozambicaine,
un avant-projet a été publié en janvier 1990 et a
donné lieu à des consultations dans le pays. Aucune opposition
ni débat spécifique n'a été mentionné
quant à l'abolition ou non de la peine de mort. Lors de la session
spéciale de l'Assemblée nationale populaire, cent-soixante-douze
des cent-soixante-treize députés mozambicains présents
ont voté pour l'adoption de l'article spécifiant qu'"au Mozambique,
il n'y aura pas de peine capitale", le dernier s'étant abstenu.
Cette constitution est entrée en vigueur le 30 novembre 1990.
Entre 1979 et 1986, date de la dernière condamnation, il y avait
eu soixante-dix-huit condamnés à mort exécutés.
En Angola, au début
des années 80, plus de 250 personnes ont été condamnées
à mort, puis le recours à la peine de mort a diminué.
Pour commémorer le quarantième anniversaire de la Déclaration
universelle des droits de l'homme et "préserver l'harmonie nationale",
le président José Eduardo dos Santos a commué cinquante
peines capitales en juin 1989. En avril 1991, le Mouvement populaire pour
la libération de l'Angola, parti au pouvoir, a demandé l'abolition
de la peine de mort. En juin, les dernières condamnations à
mort ont été commuées par le gouvernement.
Le 26 août 1992, le parlement angolais (l'Assemblée nationale
populaire) a adopté à quatre-vingt-neuf voix contre quatre-vingt-trois
un amendement constitutionnel prévoyant l'abolition de la peine
de mort pour tous les crimes.
En Guinée Bissau, le mouvement
abolitionniste s'est renforcé en 1986 suite à la condamnation
à mort de six personnalités jugées de manière
inéquitable pour complot en vue de renverser le gouvernement. Leur
exécution a d'autant plus choqué l'opinion publique qu'il
s'agissait des premières depuis 1980. L'avènement d'un système
politique pluripartite en 1991 a favorisé cette évolution
abolitionniste puisque tous les partis d'opposition étaient opposés
à l'application de la peine de mort. Un nombre important de membres
du parti au pouvoir, le parti africain pour l'indépendance de la
Guinée et du Cap Vert, étaient également en faveur
de l'abolition.
Le 16 février 1993, deux tiers des députés de
l'Assemblée nationale ont voté en faveur de l'abolition de
la peine de mort. Cet amendement constitutionnel est entré en vigueur
en juin 1993.
Maurice a aboli la peine de mort en 1995 alors
que la dernière exécution remontait à 1987.
Deux projets de loi ont été déposés, visant respectivement
à amender la loi sur les stupéfiants et le code pénal
et le code de procédure pénale. Le premier remplaçait
la peine de mort par vingt ans de prison, pour réprimer le trafic de
drogue, et le second prévoyait l'abolition totale de la peine capitale.
Le 3 août 1995, le parlement mauricien a adopté à une
large majorité ces deux projets de loi. Cependant, le président
Cassam Uteem a refusé de signer ces lois. Il demandait notamment que
la peine de remplacement pour la loi sur les stupéfiants soit de trente
ans d'emprisonnement, ce qu'il a obtenu, sans préciser pourquoi il
ne signait pas la loi abolissant la peine de mort. Cette opposition présidentielle
n'a pas empêché le Parlement d'adopter à nouveau ces deux
lois au mois de novembre. L'abolition de la peine capitale n'est toutefois
pas inscrite dans la constitution.
Les peines des cinq condamnés à mort qui attendaient leur exécution
ont été commuées.
Aucune exécution n'a eu lieu aux Seychelles depuis l'indépendance. Suite à son indépendance, en 1976, cet Etat a provisoirement aboli la peine de mort pour meurtre. En 1980, le gouvernement des Seychelles a précisé au secrétaire général des Nations unies que la peine de mort n'était maintenue que pour trahison. En 1981, quatre personnes ont été condamnées à mort pour trahison suite à une tentative de renversement du gouvernement par des mercenaires étrangers, mais leurs peines ont par la suite été commuées. Les Seychelles ont également confirmé l'abolition de la peine capitale en ratifiant le Deuxième protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, visant à abolir la peine de mort, en 1994.
En Afrique du Sud, la peine de mort a donné
lieu a de nombreux débats, notamment lors de la rédaction de
la Constitution intérimaire adoptée en 1994. L'Afrique du sud
était l'un des pays dont le taux d'exécutions judiciaires était
le plus élevé au monde. Entre 1980 et 1989, 1 217 prisonniers
y ont été exécutés.
En juillet 1990, une loi pénale temporise les conditions d'utilisation
de la peine capitale : la peine de mort n'est plus obligatoire pour aucune
catégorie de meurtre et les condamnés à mort ont automatiquement
le droit d'interjeter appel et d'introduire un recours en grâce.
En 1990, lorsque les négociations sur la fin de l'apartheid ont été
entamées, le gouvernement blanc a décrété un moratoire
sur les exécutions. Cette concession était sans doute liée
à l'utilisation de la peine de mort en tant qu'instrument privilégié
de discrimination raciale, mais elle ne correspondait pas à une volonté
abolitionniste du Parti nationaliste.
En raison d'un désaccord entre le Congrès national africain
présidé par Nelson Mandela et le Parti national présidé
par Frederik de Klerk, la Constitution intérimaire est finalement restée
muette sur la question. Elle se contente de consacrer le droit à la
vie, au respect et à la dignité, et l'interdiction des châtiments
cruels, inhumains et dégradants. La décision d'abolir ou non
la peine capitale est laissée à l'appréciation de la
haute juridiction à qui est confiée le rôle d'interprète
de la nouvelle constitution. Son président, le juge Chaskalson, a d'ailleurs
regretté que la Constitution n'indique pas spécifiquement si
la peine de mort était un châtiment acceptable ou non.
Dans un arrêt du 6 juin 1995, la Cour constitutionnelle d'Afrique du
Sud a relevé, à l'unanimité, l'incompatibilité
de la peine capitale avec la Constitution intérimaire de 1994 . Cet
arrêt de 243 pages, qui ne contient aucune opinion dissidente parmi
les onze juges, abolit la peine de mort et met fin à l'incertitude
qui régnait sur le sort des 453 condamnés dans le couloir de
la mort.
La Cour a considéré que la législation pénale
prévoyant la peine de mort pour le meurtre, le vol ou la tentative
de vol avec circonstances aggravantes, l'enlèvement, le rapt d'enfant
et le viol était inconstitutionnelle. Elle ne s'est pas prononcée
sur l'application de la peine de mort au crime de trahison en temps de guerre.
Pour cette raison l'Afrique du Sud est considérée comme un pays
ayant aboli la peine de mort uniquement pour les crimes de droit commun.
Puis, en novembre 1997, l'Assemblée nationale approuve une loi portant
amendement au Code pénal qui prévoit de prononcer une nouvelle
peine pour 453 condamnés à mort dont la peine avait été
jugée inconstitutionnelle en 1995. Elle a également supprimé
toutes les dispositions des autres textes législatifs qui autorisaient
la peine capitale.
En Côte-d'Ivoire,
le président Houphouet Boigny a commué toutes les condamnations
à mort qui ont été prononcées de 1960, année
de l'indépendance, à 1993, année de sa mort. L'assemblée
nationale a également aboli la peine de mort pour crimes politiques
en juillet 1981.
Cependant, un projet d'extension du champ d'application de la peine de mort
(notamment pour vol avec violence) a vu le jour en 1995 (prévoyant
par ailleurs la possibilité d'exécutions publiques par les armes).
Mais la nouvelle Constitution, adoptée par référendum
les 23 et 24 juillet 2000, abolit la peine capitale. Il n'y avait eu aucune
exécution judiciaire depuis l'indépendance de la Côte-d'Ivoire.

La catégorie de pays abolitionnistes "de facto", "dans les faits", "en pratique"... Cette liste n'est pas exhaustive, elle correspond pour l'ensemble à celle établie par Amnesty international.Les pays qui n'ont procédé à aucune exécution depuis au moins dix ans...
Les Etats abolitionnistes de fait depuis leur indépendance
A Madagascar la dernière exécution
connue remonte à la période d'administration coloniale, en 1958.
Des condamnations à mort ont été prononcées depuis
l'indépendance, en 1960, mais elles ont toutes été commuées.
Le code pénal prévoit la peine capitale pour plusieurs délits,
parfois de manière obligatoire, mais le chef de l'Etat en place de
1975 à 1993, Didier Ratsiraka, semble avoir utilisé systématiquement
son droit de grâce.
Les Etats abolitionnistes de fait qui ont déjà procédé à des exécutions
Au Sénégal, seuls deux
condamnés à mort ont été exécutés
depuis l'accession à l'indépendance en 1960. Ces exécutions,
par les armes, remontent à 1967. Depuis, la seule condamnation à
mort prononcée a ensuite été commuée en réclusion
à perpétuité par un nouveau jugement. D'après
le Code pénal, un certain nombre de crimes sont obligatoirement
passibles de la peine capitale.
La peine de mort est obligatoire pour un certain nombre de délits selon le code pénal du Togo. La date de la dernière exécution n'est pas connue, mais le chef de l'Etat a usé de son droit de grâce à plusieurs reprises. Le président Gnassingbé Eyadéma a commué en réclusion à perpétuité des condamnations à mort prononcées en 1979 pour complot visant à renverser le gouvernement par la force, et en 1986 pour participation à un coup d'Etat manqué.
Au Niger la législation prévoit la peine de mort mais aucune exécution n'a été signalée depuis 1976 où sept détenus ont été passés par les armes. En 1985, douze personnes ont été condamnées à mort; sept de ces condamnations capitales ont été commuées par le chef de l'Etat, le sort des cinq autres n'a pas été éclairci. Plusieurs autres condamnations, mais aucune exécution, ont été signalées par la suite.
Au Mali des condamnations à mort continuent d'être prononcées presque tous les ans mais aucune exécution n'a été signalée depuis 1980, année où deux condamnés ont été passés par les armes. Le président use régulièrement de son droit de grâce.
En République centrafricaine, il n'y a pas eu d'exécution depuis janvier 1981, date à laquelle six anciens fonctionnaires ont été fusillés. La deuxième condamnation à mort de l'ex-empereur Jean-Bedel Bokassa prononcée en juin 1987, a été commuée en réclusion à perpétuité l'année suivante. Le président a commué les peines de dix condamnés à mort en 1991, dont trois au moins étaient dans les couloirs de la mort depuis 1982.
En Gambie, un condamné accusé de meurtre a été fusillé le 30 septembre 1981. C'est la seule exécution signalée entre 1965 et 1995, ce qui fait de la Gambie un pays abolitionniste en pratique puisqu'aucune exécution n'a été signalée depuis le rétablissement de la peine de mort en 1995. Il est déjà arrivé que des pays de tradition abolitionniste n'appliquent pas la peine de mort suite à son rétablissement par décret militaire (Argentine, Brésil,...).
Au Congo, deux condamnés reconnus coupables de meurtre ont été fusillés en octobre 1982. Depuis aucune exécution n'a été signalée et très peu de condamnations à mort semblent avoir été prononcées: une en 1986, commuée par la suite, et quatre en 1989.
Cependant, les Etats abolitionnistes de fait pourraient très rapidement redevenir des pays appliquant la peine de mort. Un délai de dix ans sans exécutions n'est pas forcément significatif.
Quelques exemples africains montrent que l'application de la peine de mort peut reprendre après une interruption conséquente qui ne correspondait pas forcément à une volonté abolitionniste :
Le rapport
quinquennal de l'ONU sur la peine de mort de janvier 1998 classe la Guinée
dans les pays qui sont récemment devenus abolitionnistes de facto.
Selon la réponse du gouvernement guinéen au questionnaire du
secrétaire général, la dernière exécution
judiciaire a eu lieu en 1983, il y a plus de quinze ans.
En décembre 1994, un porte-parole du gouvernement guinéen a
précisé devant la presse que le recours à la peine de
mort serait désormais plus fréquent pour faire face à
la hausse de la criminalité. En 1995, au moins six personnes ont été
condamnées à mort et leurs sentences ont été confirmées
en appel début 1996. C'étaient les premières condamnations
à mort depuis le milieu des années 80.
Début février 2001, cinq condamnés à mort ont
été exécutés.
Il n'y avait eu aucune exécution aux Comores depuis l'année de l'indépendance, lorsqu'un homme a été fusillé le 18 septembre 1996. Sur l'île Maurice, il n'y a pas eu d'exécutions durant vingt-trois ans, avant qu'elles ne reprennent en 1984, suite à un changement de gouvernement. Le 24 avril 1998, le Rwanda exécute 22 condamnés à mort, en public, alors que les dernières exécutions remontaient à 1982. La première exécution survenue en Gambie indépendante a eu lieu en 1981, seize années après l'accession à l'indépendance. Au Burundi les dernières exécutions remontaient à 15 ans, lorsque six condamnés à mort ont été pendus le 3 juillet 1997. La pendaison de six condamnés à mort au Sierra Leone en 1989, constituait la première exécution judiciaire depuis 1975. Le Bénin a connu ses premières exécutions depuis douze ans en 1986. Au Maroc, il n'y a pas eu d'exécutions entre celles de janvier 1982 et celle d'août 1993. Au Botswana, cinq hommes ont été pendus en août 1995, alors qu'il n'y avait pas eu d'exécution depuis huit ans... En Zambie huit exécutions tenues secrètement en1997 étaient les premières depuis 1989, et en Ethiopie l'exécution qui a eu lieu en juin 1998 était la première depuis sept ans...

- Sophie Fotiadi -